Les femmes en prison : peu nombreuses et souvent isolées

Organisation de la détention des femmes

Des lieux spécifiques d’incarcération 

« Les maris qui maintiennent le lien avec leur épouse incarcérée, c’est très rare. Soit parce qu’ils sont eux-mêmes incarcérées, soit parce qu’ils préfèrent rompre, au contraire des épouses qui maintiennent longuement le lien avec des hommes incarcérés.« 

Corinne Rostaing, OIP 2020.

Seuls deux établissements pénitentiaires accueillent spécifiquement des femmes, le Centre Pénitentiaire de Rennes et la Maison d’arrêt de Versailles. La plupart des détenues sont incarcérées dans des « Quartiers Femmes » (QF dans le jargon carcéral), isolés au sein d’établissements où les hommes sont beaucoup plus nombreux. Cette séparation des femmes et des hommes est appliquée rigoureusement par l’Administration pénitentiaire, sauf dans quelques expérimentations d’activités mixtes, au nom d’impératifs de sécurité, d’ordre et de « moralité ».

En 2026, ce sont donc 55 prisons sur 185 qui accueillent des femmes, comme le montre la carte ci-contre. Le nombre de places disponibles varie de 3 à 221, pour un total proche de 2 500 places en France.

Les établissements pour femmes sont peu nombreux et inégalement répartis sur le territoire. Comme le montre la carte, les 14 Centres de Détention (CD) accueillant des femmes sont essentiellement dans la moitié nord de la France et les directions interrégionales de Toulouse et de Strasbourg n’en possèdent pas. Et comme il n’existe que quatre établissements pour mineurs (EPM) avec des places pour filles, les mineures sont généralement réparties dans les quartiers Femmes des maisons d’arrêts pour éviter un trop grand éloignement avec leur famille (ce qui explique par ailleurs que les places en EPM ne soient pas toutes utilisées).

« Pour une femme originaire de Mulhouse, le CD le plus proche est à Joux-La-Ville, à au moins quatre heures de trajet. »

Paroles d’une conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation intervenant dans l’Est de la France, OIP 2020.

Cette répartition aggrave l’éloignement familial et l’isolement des femmes, notamment celles condamnées à de longues peines. Comme l’explique la sociologue Corinne Rostaing dans un article de l’OIP, « nombre de femmes du sud-ouest sont ainsi affectées à Rennes [ce qui constitue] un véritable problème de distance par rapport à leur lieu de vie et leur famille« . En étant enfermées loin de leurs proches, les femmes reçoivent peu de visites, ce qui peut mener à une rupture des liens familiaux. Les parloirs des femmes restent souvent vides.

Enfin, dans certaines situations, l’Administration pénitentiaire doit assurer une prise en charge spécifique : c’est en particulier le cas des femmes enceintes et des jeunes mères, qui peuvent garder leur enfant avec elles dans une cellule adaptée jusqu’à ses 18 mois au moins, ainsi que des détenues transgenres (voir la section dédiée).

Un peu d’Histoire…

Condamnations et durées de détention

En moyenne, les femmes restent moins longtemps en prison que les hommes. Les très courtes peines sont très représentées en prison pour femmes, car elles sont majoritairement condamnées pour des faits de petite délinquance mais commis en récidive. Néanmoins, les longues peines sont également sur-représentées chez les femmes, suite à des faits criminels.

Ainsi début 2026, 22% des femmes sont détenues pour homicides ou violences ayant entrainé la mort – notamment sur leur conjoint – alors que la part des homicides est de 10% parmi les hommes incarcérés.

Une surveillance principalement féminine 

« Les femmes détenues ne sont surveillées que par des personnels féminins. Toutefois, l’encadrement peut comporter des personnels masculins.« 

Article R.211-1, alinéa 3 du Code pénitentiaire

La prohibition de la mixité concerne non seulement les détenus mais aussi les surveillants dans les quartiers de femmes. En effet, la surveillance des femmes n’est assurée que par du personnel féminin, hormis le personnel d’encadrement qui peut comporter des gradés hommes. En revanche, les hommes peuvent être surveillés par des agents pénitentiaires masculins comme féminins.

Plusieurs raisons justifient cette mesure :

  • Historiquement, elle avait un but de  « moralisation » des femmes incarcérées (d’où le recrutement de religieuses comme gardiennes de prison) et de maintien du bon ordre (éviter que les gardiens abusent des prisonnières en situation de faiblesse).
  • Protéger l’intimité et la dignité : la préservation de la pudeur, la dignité et l’intimité physique des femmes est perçue comme nécessaire. L’encadrement exclusivement féminin serait plus respectueux dans cette situation sensible liée à la surveillance.
  • Prévenir les risques : un encadrement des femmes par les femmes est perçu moins intrusif et plus rassurant pour les détenues. Celui-ci permet aussi de limiter les abus ou les situations qui porteraient atteinte à leur dignité.

Mais ce besoin de surveillance féminine contribue à une forme de discrimination pour les femmes dans l’accès à certaines activités (voir la section Des conditions de détention dégradées sous plusieurs aspects). En effet, la plupart des femmes étant incarcérées dans des quartiers au sein de prisons masculines, « l’affectation d’un personnel masculin à un poste dédié, par exemple, à l’entrée d’une zone socioculturelle, crée un frein à l’accès des femmes à celle-ci et par conséquent aux activités qui s’y déroulent » (CGLPL, avis relatif à la situation des femmes privées de liberté, 22 janvier 2016).

Crédits : Éditions Tallandier

Quelle est la perception des femmes en prison ?

Par la société

En fonction des cultures, la prison peut être considérée comme particulièrement honteuse pour les femmes. Elles peuvent donc dans certains cas être stigmatisées et davantage ignorées et mises à l’écart par leur famille que des hommes – cet isolement étant déjà accentué par la distance.

« Une femme en prison, c’est mal vu. Quand je sortirai, je dirai que j’étais à Cancun, je ne dirai pas que j’étais aux Baumettes ! Ça sera toujours plus choquant une femme en prison qu’un homme.« 

Paroles d’une détenue, Reportage de France culture « Femmes en prison : en finir avec la double peine », 18/09/2020

Par les surveillants

« L’échange est différent. Avec un homme, on va parler différemment qu’avec une femme. […] Je trouve que les femmes vont être plus dans le caprice, et les hommes plus dans la séduction en général.« 

Paroles d’une surveillante, Reportage de France culture « Femmes en prison : en finir avec la double peine », 18/09/2020

« Les femmes sont moins demandeuses. Quand elles demandent à voir un chef, c’est qu’elles ont un vrai problème. Les hommes, eux, sont plus pleurnichards.« 
« J’envoie deux fois plus de mails qu’avec les hommes : elles continuent de gérer l’extérieur depuis l’intérieur [leur maison, leurs enfants, tout le quotidien] ».

Jean-Claude Perjois, chef de poste dans un quartier « femmes », Reportage de France culture « Femmes en prison : en finir avec la double peine », 18/09/2020

Des conditions de détention dégradées sous plusieurs aspects

Des enjeux de surpopulation nouveaux

Historiquement, les femmes détenues ne subissaient généralement pas la surpopulation carcérale. Mais cette situation a désormais changé : au 1er janvier 2026, on compte 2 995 détenues pour 2 454 places, soit un taux d’occupation de 122 %.

La surpopulation en quartiers femmes reste moindre que chez les hommes (avec une densité de 137 % à la même date).

Mais la situation s’est nettement dégradée sur les dernières années. En 10 ans, le nombre de détenues est passé d’environ 2 100 à près de 3 000 femmes.

Crédits : OIP

De fortes disparités selon les quartiers et établissements

Des besoins en santé particuliers

Les femmes ont plus de difficulté que les hommes à avoir accès aux soins. Lorsqu’elles n’ont pas accès à un SMPR, les professionnels de santé doivent se déplacer sur place (comme à Toulouse), ce qui est plus difficile à mettre en place.

En outre, elles nécessitent des soins spécifiques à leur genre, en particulier des soins gynécologiques. Une autre problématique de santé féminine concerne la précarité menstruelle et l’accès à la contraception – cette situation étant assez inégale d’une prison à l’autre (distribution de kits, cantinage de produits d’hygiène souvent cher…).

Pour en savoir plus, vous pouvez lire notre page Santé et Détention.

Un taux de suicide explosif

En 2024, le taux de suicide est plus élevé chez les femmes détenues (23,1 pour 10 000) que chez les hommes (17,4 pour 10 000).

Dans la population générale, les hommes se suicident pourtant 4 fois plus que les femmes. En prison, cet écart se réduit considérablement jusqu’à s’inverser.

Ainsi, à âge égal, le taux de suicide des femmes est 40 fois plus élevé en détention qu’à l’extérieur.

Plus d’informations sur notre page sur le suicide en prison

Un moindre accès aux activités et équipements

Du fait de la non-mixité, le déplacement des femmes au sein des prisons d’hommes est très limité. En effet, cela implique de bloquer les déplacements des hommes sur le même temps. Or, le faible nombre de femmes détenues est considéré comme insuffisant pour mobiliser des locaux et du personnel.

Dès lors, l’accès à l’unité sanitaire, aux locaux scolaires, aux formations et aux activités socio-culturelles, sportives et professionnelles est davantage contraint pour les femmes que pour les hommes. Ainsi, certaines prisons ne comptent aucune femme scolarisée, alors même que 13 % des détenues sont illettrées ou n’ont qu’un niveau scolaire primaire (« Femmes détenues : les oubliées« , OIP-SF, 27.01.2020).

« L’affectation d’un personnel masculin à un poste dédié, par exemple, à l’entrée d’une zone socioculturelle, crée un frein à l’accès des femmes à celle-ci et par conséquent aux activités qui s’y déroulent » (la surveillance des femmes étant confiée uniquement à des personnels féminins)

CGLPL, Avis relatif à la situation des femmes privées de liberté, 25 janvier 2016

Quelques chiffres à partir de 130 femmes interrogées dans le cadre d’une enquête de la F2RSM Psy (décembre 2022)

  • 52,7 % n’ont pas accès aux parloirs
  • 46,6 % n’ont jamais accès au sport, et 14,5 % n’y ont que rarement accès
  • 48,9 % des femmes n’ont jamais participé à une activité socio-culturelle, et 22,1 % n’y ont que rarement accès
  • 65,6 % des femmes n’ont jamais eu accès à une formation professionnelle, et 6,9 % n’y ont que rarement accès
  • 39,7 % des femmes n’ont jamais travaillé en prison, et 19,1 % que rarement
  • 56,4 % n’ont pas la possibilité d’être scolarisées, et 9,9 % que rarement
Créateur : Marteel Christel | Crédits : Ouest France

Un parcours de réinsertion difficile

La majorité des activités socio-culturelles proposées aux détenues sont stéréotypées et ne permettent pas de participer à la réinsertion. Elles sont liées au bien-être (activités de relaxation, de soin et d’esthétique) ou à l’art (théâtre, peinture, photographie, couture, tricot, broderie).

Concernant la formation professionnelle, les détenues n’ont souvent pas le choix : les régions ne proposant qu’une offre. Celle-ci est aussi stéréotypée puisque généralement il s’agit d’une formation d’agente de propreté et d’hygiène, ou de formations liées à la cuisine et aux métiers d’entretien.

L’octroi de permissions de sortie, de réduction de peine ou d’aménagement de fin de peine est conditionné au comportement du détenu et aux efforts manifestés en vue de se réinsérer. Or ces efforts sont notamment visibles à travers un projet professionnel ou de formation. Dès lors, le moindre accès à une activité professionnelle pour les femmes limite l’accès à un travail à la sortie et l’octroi de mesures favorables à la réinsertion.

Cependant, les femmes obtiennent malgré tout plus de sorties anticipées et accompagnées : sur les 2 300 condamnées libérées sur l’année 2025, 48 % d’entre elles ont obtenu un aménagement de peine ou une libération sous contrainte (8 points de plus que les hommes).

« Mettons que Pôle emploi [aujourd’hui France Travail, ndlr] intervienne un jour par semaine dans l’établissement, comment fait la personne pour aller voir les femmes, une minorité isolée, perdue dans la masse ? Elle y va une fois par mois ? Je ne suis pas sûr que ce soit opérant.« 

Damien Pellen, premier secrétaire du Syndicat national des directeurs pénitentiaires, OIP 2020

Une mixité émergente

En théorie, les activités proposées en détention doivent être mixtes (Ordonnance du 19 octobre 2022 relative aux droits sociaux des personnes détenues). Mais dans les faits, cette mixité reste conditionnée au « maintien du bon ordre et de la sécurité« , et n’est pas beaucoup appliquée. Déjà en 2018, lorsque la mixité était autorisée sans être obligatoire (article L.411-3 du Code pénitentiaire, loi pénitentiaire de 2009), seules 3,7 % des activités étaient mixtes (« Vers davantage de mixité ?« , OIP-SF, 24.02.2020).

Si des activités mixtes peuvent être organisées, comme à Bordeaux, les hommes et les femmes ne se mélangent guère. Il s’agit davantage d’une co-présence que d’une véritable mixité. Les femmes sont regroupées sur une table qui leur est réservée, elles se déplacent peu et elles ont peu d’échange avec les hommes.

Documentaire Arte disponible jusqu’au 16 décembre 2026

« On met les hommes et femmes dans le même atelier, mais on ne les fait ni se parler, ni travailler ensemble.« 

Corinne Rostaing, sociologue, OIP 2020

« Au début, c’était tellement exceptionnel que chez les hommes, ça a généré excitation et provocations aux fenêtres, au passage des premières femmes à aller travailler. Aujourd’hui, cela a quasi-totalement disparu, car c’est devenu banal d’apercevoir des femmes. Le phénomène s’est dissipé en à peine quelques mois et tout est beaucoup plus respectueux et apaisé, même s’il y a toujours quelques rares exceptions.« 

Une détenue à Poitiers, OIP 2020
Crédits : Le Soir

Dans certains établissements, la mixité a bel est bien été mise en place, comme à Metz, Poitiers ou Bordeaux. Dès lors, cela permet aux femmes d’avoir accès à des activités plus qualifiantes et moins genrées, et de voir davantage de monde que les quelques femmes incarcérées avec elles.

En outre, elle permet de « ré-initier le nécessaire dialogue entre les sexes et de favoriser, au moment de la libération, un retour plus aisé dans la société » (CGLPL, avis du 25 janvier 2016 relatif à la situation des femmes privées de liberté).

Néanmoins, si la mixité est avantageuse sur l’accès aux activités, elle n’est pas souhaitée par toutes les détenues. Presque toutes les détenus ont été victimes d’agression sexuelles ou de violences conjugales (enquête ENVEFF). De fait, certaines ont peur du contact des hommes. Or la prison peut représenter pour celles-ci un espace de reconstruction et d’émancipation de la domination masculine.

Pour approfondir le sujet de la mixité en prison, un rapport de recherche a été publié en 2024 par Coline CARDI, Anaïs HENNEGUELLE, Anne JENNEQUIN et Corinne ROSTAING pour l’Institut Robert Badinter.

La prise en charge des spécificités de certaines détenues

Quid des femmes enceintes ou des jeunes mères détenues ?

Crédits : Anne-Christine Poujoulat / AFP

Certaines femmes peuvent être incarcérées alors même qu’elles sont enceintes ou qu’elles élèvent un nourrisson. Afin de ne pas rompre le lien mère-enfant, ce dernier peut rester avec sa mère jusqu’à ses 18 mois. Cette situation concerne environ 100 enfants chaque année, incarcérés avec leur mère dans une cellule dont la taille doit théoriquement atteindre 15 m2 (cette obligation n’est que rarement respectée).

Une fois les 18 mois passés, l’enfant doit sauf cas particuliers être pris en charge à l’extérieur, en général par la famille. Cependant, compte tenu de l’isolement géographique des établissements pour femmes, les parloirs sont souvent réduits et le lien mère-enfant très difficile à maintenir.

La situation juridique des jeunes enfants est très particulière parce que bien que leur mère soit détenue, les enfants naissent et demeurent libres. Ils peuvent donc sortir à tout moment, avec n’importe quel proche de confiance désigné par la mère ou les titulaires de l’autorité parentale, pour une heure ou plusieurs nuits. Cependant, cela n’arrive pas souvent du fait de l’isolement géographique et social des mères détenues : celles-ci comptent généralement peu de proches ou tiers de confiance à l’extérieur.

« L’enfant n’est pas détenu. Ce n’est pas qu’une formule rhétorique, cela a une signification : l’enfant peut sortir à tout moment, librement, sans la contrainte de l’administration pénitentiaire, sans la contrainte de la justice.« 

Justine Gerbard, directrice des services pénitentiaires, porte parole de l’administration pénitentiaire (émission Public Sénat du 30 mai 2026)

Pour s’adapter, l’administration a déployé des nurseries pénitentiaires, d’une capacité totale de 75 places en 2026, permettant à l’enfant de grandir dans de meilleures conditions. Les femmes enceintes en fin de grossesse y ont aussi accès. Deux types de nurseries existent :

  • les cellules mère-enfant : il s’agit de cellules isolées au sein de quartiers femme avec très peu d’aménagements spécifiques. Les femmes sont simplement logées dans des cellules plus grandes et un équipement minimum pour l’enfant : un berceau, une commode, une table à langer et une salle d’eau plus spacieuse avec un grand lavabo pour le bain du bébé.
  • les unités nurseries : ces unités comprennent des cellules mère-enfant mais aussi de locaux ou des espaces aménagés à usage collectif comme une cour de promenade ou une salle commune équipée de jouets et d’articles de puériculture. Le régime de détention est plus souple qu’en détention classique.
  • le quartier nurserie de Rennes (désormais fermé) : le Centre pénitentiaire de Rennes n’accueillant que des femmes, l’espace nurserie n’était pas qu’une simple unité au sein d’un quartier, mais un quartier entier aménagé pour accueillir 5 groupes mère-enfant. Ce dernier n’existe plus (dernier rapport de visite du CGLPL).

La Maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, qui accueille le plus de groupes mère-enfant (jusqu’à 13), est la seule qui comporte une micro-crèche depuis 2019. Celle-ci peut accueillir 10 enfants de femmes détenues, qui ont l’obligation de laisser leur enfant à la micro-crèche pendant 3 heures chaque semaine. Le but est double :

  • proposer aux enfants, libres, d’exercer des activités au sein d’équipements culturels et ludiques de la commune. Ces activités sont nécessaires à leur développement et leur permettent de rencontrer d’autres enfants et personnes extérieures. Elles les préparent aussi, ainsi que leur mère, à leur séparation aux 18 mois de l’enfant ;
  • permettre aux mères de dégager du temps pour leur réinsertion et leurs obligations juridiques.

Quid des femmes transgenres détenues ?

Les modalités de prise en charge des femmes transgenres « ne permettent pas de pallier l’inadaptation des établissements pénitentiaires à leur identité de genre« .

Administration pénitentiaire, OIP 2020.

Seule une trentaine de femmes transgenres est détenue en France, dans des locaux aux équipements encore plus limités que les quartiers femmes et avec interdiction d’entrer en contact avec des personnes détenues qui ne sont pas transgenres. Etant donné que le choix de l’établissement de détention dépend de l’identité sexuelle mentionnée à l’état civil, les personnes qui n’ont pas encore obtenu la modification de cette mention se retrouvent incarcérées dans les établissements pour homme. En revanche, pour tenir compte de leur situation, elles le sont généralement en quartier d’isolement, essentiellement en Île-de-France et en particulier au « quartier spécifique » de la Maison d’arrêt de Fleury-Mérogis.

Néanmoins, elles sont d’autant plus isolées qu’elles n’ont pas le droit d’entrer en contact avec le reste des détenus. En outre, elles ont accès à une petite bibliothèque et quelques activités spécifiques animées par l’association Acminop (arts plastiques, yoga, médiation animale, musculation, …) et disposent de 2 promenades d’1h par jour.

Leur identité de genre rend encore plus difficile leur quotidien étant donné que ces personnes peinent à avoir accès à des traitements hormonaux (du fait de la difficulté générale d’accès aux soins en détention), à des produits d’hygiène, de beauté ou à des vêtements féminins.

Enfin, malgré la lettre de la loi, la direction de Fleury-Mérogis permet depuis quelques années à certaines femmes transgenres d’être incarcérées à la Maison d’arrêt pour femmes (MAF) sous condition d’avoir subi l’opération de « réassignation sexuelle ».

Pour aller plus loin

Écoutez l’émission « Grand reportage » sur France Culture consacrée aux femmes en prison

Les femmes représentent 3,5% de la population carcérale en France. Extrêmement minoritaires, elles sont depuis longtemps lésées concernant leurs conditions de détention et leur réinsertion. Dans le quartier femmes des Baumettes, certaines inégalités persistent mais la mixité hommes-femmes progresse.

Regardez l’émission « Un monde en doc » sur Public Sénat sur la maternité en prison et les conséquences pour les enfants

Devenir mère n’est jamais une étape anodine… Elle l’est encore moins lorsque les conditions dans lesquelles on élève son enfant sont atypiques. C’est le cas des femmes qui ont un bébé en prison. Elles ne sont pas très nombreuses, à peine quelques dizaines, accueillies dans une trentaine d’établissements pénitentiaires. Alors, comment vit-on sa maternité lorsqu’on est enfermé ? Quelles conséquences pour l’enfant ? Quelle contradiction morale cela pose-t-il d’emprisonner un être innocent, considérant qu’il est forcément mieux auprès de sa mère ? Rebecca Fitoussi et ses invités ouvrent le débat.

Regardez l’émission « Documentaire » sur Public Sénat sur la maternité sous écrou

En France, les femmes ne représentent qu’une faible part de la population carcérale. Pourtant, derrière les murs, certaines vivent une réalité presque invisible : celle de la maternité en détention. Qu’elles soient enceintes ou incarcérées avec leur bébé, Maternité sous écrou suit le parcours de ces mères, de la grossesse à l’accouchement sous surveillance, jusqu’aux premiers mois passés avec leur enfant derrière les barreaux. Ce documentaire vous fait découvrir l’intimité de celles qui souvent, apprennent à être mère entre quatre murs. Dans l’intimité des cellules et des unités mère-enfant, le film interroge la place accordée à la maternité, à la dignité et à la réinsertion, à travers le récit de ces femmes et des professionnel.les qui les entourent. Une immersion rare et sensible dans le quotidien pas tout à fait comme les autres de ces mères incarcérées et de leurs enfants.

Articles et rapports de recherche

ASHDOWN, J. & JAMES, M., « Les femmes dans les lieux de détention », International Review of the Red Cross, n°877, Mars 2010, 18 p.

CARDI, C. & al. « La féminisation du personnel de surveillance pénitentiaire : la remise en cause d’une institution viriliste ? » Droit et Société 2024/1, n° 116, 06/05/2024, pp. 63-69.

SOHY, C., « Femmes détenues – La prison, théâtre d’une double peine », La Revue Nouvelle 2024/7 n°7, 15/11/2024, pp. 66-77.

Articles de presse

ANELLI, L., « Baby-blues carcéral », OIP-SF [en ligne], 14/03/2020.

IMBERT, A. & JENNEQUIN, A., « Surveiller les femmes incarcérées en maison centrale. La construction d’une différenciation de la surveillance pénitentiaire au XIXe siècle », Criminocorpus [En ligne], 27 | 2025, mis en ligne le 27 mai 2025.

BAILLY, N.,  » ‘Quartiers nurseries’ : comment les femmes vivent-elles la maternité en prison ? », Slate [en ligne], 03/07/2025.

Documentation officielle

CGLPL, Avis relatif à la situation des femmes privées de liberté, JO 18/02/2016.

Livres et thèses

LESSELIER, C., Les femmes et la prison, 1815-1939, Thèse, Histoire, 1982, 587 p.

PETIT, J.-G., Ces peines obscures. La prison pénale en France 1780-1875, Fayard, Paris, 21/02/1990, 752 p.

LE PENNEC, A., Histoires de prisonnières. Les femmes incarcérées dans les maisons centrales du sud de la France au XIXe siècle, Toulouse, Presses Universitaires du Midi, 2022, 334 p.

Présentation PowerPoint (Colloque)

KANIA, E. (Dr), AHOUANTO-CHASPOUL, M. (Dr) & al. « Atelier 4 : Enjeux actuels pour les femmes détenues et la mixité dans les soins », Colloque national Soins en prison, 30 ans après la loi de 1994 : Avancées, Limites, Perspectives [Présentation Diaporama], 18-19 janvier 2024, 65 p.