Les femmes en prison : peu nombreuses et souvent isolées
Début 2026, les femmes représentent 51 % de la population française, plus de 15 % des personnes mises en cause par la justice, mais seulement 3,5 % des détenus. Cette situation s’explique en bonne partie par un traitement différencié des femmes dans la chaîne pénale (voir notre page dédiée au traitement pénal des femmes).
Une fois en prison, les femmes sont en théorie soumises aux mêmes règles et aux mêmes conditions que les hommes. Mais en réalité, les quelque 3 000 détenues sont réparties dans une cinquantaine d’établissements (sur les 185 prisons françaises) où la mixité hommes-femmes n’est qu’exceptionnelle. Loin d’être favorisées, les femmes détenues subissent un isolement géographique et social plus important que les hommes, un accès plus difficile aux activités, et sont même désormais soumises à la surpopulation carcérale.
Certaines situations sont prises en charge de façon spécifique par l’Administration Pénitentiaire, comme les femmes enceintes et les jeunes mères, ainsi que les femmes transgenres.
Organisation de la détention des femmes
Des lieux spécifiques d’incarcération
« Les maris qui maintiennent le lien avec leur épouse incarcérée, c’est très rare. Soit parce qu’ils sont eux-mêmes incarcérées, soit parce qu’ils préfèrent rompre, au contraire des épouses qui maintiennent longuement le lien avec des hommes incarcérés.«
Corinne Rostaing, OIP 2020.
Seuls deux établissements pénitentiaires accueillent spécifiquement des femmes, le Centre Pénitentiaire de Rennes et la Maison d’arrêt de Versailles. La plupart des détenues sont incarcérées dans des « Quartiers Femmes » (QF dans le jargon carcéral), isolés au sein d’établissements où les hommes sont beaucoup plus nombreux. Cette séparation des femmes et des hommes est appliquée rigoureusement par l’Administration pénitentiaire, sauf dans quelques expérimentations d’activités mixtes, au nom d’impératifs de sécurité, d’ordre et de « moralité ».
En 2026, ce sont donc 55 prisons sur 185 qui accueillent des femmes, comme le montre la carte ci-contre. Le nombre de places disponibles varie de 3 à 221, pour un total proche de 2 500 places en France.
Les établissements pour femmes sont peu nombreux et inégalement répartis sur le territoire. Comme le montre la carte, les 14 Centres de Détention (CD) accueillant des femmes sont essentiellement dans la moitié nord de la France et les directions interrégionales de Toulouse et de Strasbourg n’en possèdent pas. Et comme il n’existe que quatre établissements pour mineurs (EPM) avec des places pour filles, les mineures sont généralement réparties dans les quartiers Femmes des maisons d’arrêts pour éviter un trop grand éloignement avec leur famille (ce qui explique par ailleurs que les places en EPM ne soient pas toutes utilisées).
« Pour une femme originaire de Mulhouse, le CD le plus proche est à Joux-La-Ville, à au moins quatre heures de trajet. »
Paroles d’une conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation intervenant dans l’Est de la France, OIP 2020.
Cette répartition aggrave l’éloignement familial et l’isolement des femmes, notamment celles condamnées à de longues peines. Comme l’explique la sociologue Corinne Rostaing dans un article de l’OIP, « nombre de femmes du sud-ouest sont ainsi affectées à Rennes [ce qui constitue] un véritable problème de distance par rapport à leur lieu de vie et leur famille« . En étant enfermées loin de leurs proches, les femmes reçoivent peu de visites, ce qui peut mener à une rupture des liens familiaux. Les parloirs des femmes restent souvent vides.
Enfin, dans certaines situations, l’Administration pénitentiaire doit assurer une prise en charge spécifique : c’est en particulier le cas des femmes enceintes et des jeunes mères, qui peuvent garder leur enfant avec elles dans une cellule adaptée jusqu’à ses 18 mois au moins, ainsi que des détenues transgenres (voir la section dédiée).
Un peu d’Histoire…
Les femmes détenues n’ont pas toujours été séparées des hommes. Néanmoins, la nécessité de séparer les deux sexes s’est imposée à la fois pour des raisons sanitaires, sécuritaires et « morales ». Lors d’un colloque intitulé « Colloque national soins en prison, 30 ans après la loi de 1994 : Avancées, Limites, Perspectives« , organisé les 18 et 19 janvier 2024, l’atelier 4 portait sur les enjeux actuels pour les femmes détenues et la mixité dans les soins. Cet atelier commençait par un rapide rappel historique :
- Sous l’Ancien régime, les femmes étaient enfermées dans des couvents ou hôpitaux, par lettres de cachet, pour des raisons de mœurs souvent. Les conditions de détention étaient aussi mauvaises que pour les hommes : cellules insalubres et surpeuplées, mortalité élevée.
- Le Siècle des Lumières amène les premières réflexions sur l’injustice pénale. En 1788, John HOWARD publie une enquête montrant que les prisons et les hôpitaux se confondent, voire les couvents (les condamnées pouvaient y rester cloitrées toute leur vie, plutôt qu’en prison).
- La Révolution française cherche à rompre avec le passé : les lettres de cachet sont supprimées, même si elles n’étaient déjà pratiquement plus utilisées. La prison contemporaine est destinée seulement à « punir » (lois de 1791). Les femmes sont désormais logées à la même enseigne que les hommes et la mixité est possible, parfois même avec leurs enfants.
- Au XIXe siècle, la prohibition de la mixité reparaît rapidement. En 1824, les enfants commencent à être séparés des adultes. Puis les femmes des hommes, entraînant aussi une différenciation des gardiens de prisons selon leur sexe (des cas de viols et de grossesses sont constatés). Les premières gardiennes de prison pour femmes sont les épouses des gardiens. Puis ce sont des religieuses qui s’occupent des prisonnières à partir de 1840 jusqu’en 1905, date à laquelle elles sont remplacées par des gardiennes civiles.
Condamnations et durées de détention
En moyenne, les femmes restent moins longtemps en prison que les hommes. Les très courtes peines sont très représentées en prison pour femmes, car elles sont majoritairement condamnées pour des faits de petite délinquance mais commis en récidive. Néanmoins, les longues peines sont également sur-représentées chez les femmes, suite à des faits criminels.
Ainsi début 2026, 22% des femmes sont détenues pour homicides ou violences ayant entrainé la mort – notamment sur leur conjoint – alors que la part des homicides est de 10% parmi les hommes incarcérés.
Une surveillance principalement féminine
« Les femmes détenues ne sont surveillées que par des personnels féminins. Toutefois, l’encadrement peut comporter des personnels masculins.«
Article R.211-1, alinéa 3 du Code pénitentiaire
La prohibition de la mixité concerne non seulement les détenus mais aussi les surveillants dans les quartiers de femmes. En effet, la surveillance des femmes n’est assurée que par du personnel féminin, hormis le personnel d’encadrement qui peut comporter des gradés hommes. En revanche, les hommes peuvent être surveillés par des agents pénitentiaires masculins comme féminins.
Plusieurs raisons justifient cette mesure :
- Historiquement, elle avait un but de « moralisation » des femmes incarcérées (d’où le recrutement de religieuses comme gardiennes de prison) et de maintien du bon ordre (éviter que les gardiens abusent des prisonnières en situation de faiblesse).
- Protéger l’intimité et la dignité : la préservation de la pudeur, la dignité et l’intimité physique des femmes est perçue comme nécessaire. L’encadrement exclusivement féminin serait plus respectueux dans cette situation sensible liée à la surveillance.
- Prévenir les risques : un encadrement des femmes par les femmes est perçu moins intrusif et plus rassurant pour les détenues. Celui-ci permet aussi de limiter les abus ou les situations qui porteraient atteinte à leur dignité.
Mais ce besoin de surveillance féminine contribue à une forme de discrimination pour les femmes dans l’accès à certaines activités (voir la section Des conditions de détention dégradées sous plusieurs aspects). En effet, la plupart des femmes étant incarcérées dans des quartiers au sein de prisons masculines, « l’affectation d’un personnel masculin à un poste dédié, par exemple, à l’entrée d’une zone socioculturelle, crée un frein à l’accès des femmes à celle-ci et par conséquent aux activités qui s’y déroulent » (CGLPL, avis relatif à la situation des femmes privées de liberté, 22 janvier 2016).

Quelle est la perception des femmes en prison ?
Par la société
En fonction des cultures, la prison peut être considérée comme particulièrement honteuse pour les femmes. Elles peuvent donc dans certains cas être stigmatisées et davantage ignorées et mises à l’écart par leur famille que des hommes – cet isolement étant déjà accentué par la distance.
« Une femme en prison, c’est mal vu. Quand je sortirai, je dirai que j’étais à Cancun, je ne dirai pas que j’étais aux Baumettes ! Ça sera toujours plus choquant une femme en prison qu’un homme.«
Paroles d’une détenue, Reportage de France culture « Femmes en prison : en finir avec la double peine », 18/09/2020
Par les surveillants
« L’échange est différent. Avec un homme, on va parler différemment qu’avec une femme. […] Je trouve que les femmes vont être plus dans le caprice, et les hommes plus dans la séduction en général.«
Paroles d’une surveillante, Reportage de France culture « Femmes en prison : en finir avec la double peine », 18/09/2020
« Les femmes sont moins demandeuses. Quand elles demandent à voir un chef, c’est qu’elles ont un vrai problème. Les hommes, eux, sont plus pleurnichards.«
Jean-Claude Perjois, chef de poste dans un quartier « femmes », Reportage de France culture « Femmes en prison : en finir avec la double peine », 18/09/2020
« J’envoie deux fois plus de mails qu’avec les hommes : elles continuent de gérer l’extérieur depuis l’intérieur [leur maison, leurs enfants, tout le quotidien] ».
Des conditions de détention dégradées sous plusieurs aspects
Des enjeux de surpopulation nouveaux
Historiquement, les femmes détenues ne subissaient généralement pas la surpopulation carcérale. Mais cette situation a désormais changé : au 1er janvier 2026, on compte 2 995 détenues pour 2 454 places, soit un taux d’occupation de 122 %.
La surpopulation en quartiers femmes reste moindre que chez les hommes (avec une densité de 137 % à la même date).
Mais la situation s’est nettement dégradée sur les dernières années. En 10 ans, le nombre de détenues est passé d’environ 2 100 à près de 3 000 femmes.

De fortes disparités selon les quartiers et établissements
Le taux de densité moyen cache de fortes disparités visibles sur le graphique ci-contre. Certains établissements pour femmes sont sous-peuplés, en particulier les EPM, alors que d’autres présentent une surpopulation carcérale élevée, notamment les MA.
Juin 2025 a vu le passage de nouveaux records :
– la Maison d’arrêt de Perpignan est le premier établissement à dépasser la barre des 250 % en atteignant un taux d’occupation de 253,6 % (71 détenues pour 28 places) ;
– l’EPM de Quiévrechain est le seul EPM a atteindre 100 % d’occupation alors qu’il était à 25 % en mai 2025 et que les autres sont à 0 %, 60 % et 75 % (à noter que les places en EPM ne dépassent généralement pas la dizaine, et qu’une détenue en plus ou en moins a donc un fort impact sur le taux d’occupation).
Parallèlement, plusieurs établissements ont un taux de 0 %, c’est-à-dire qu’ils ont des places pour femmes mais qu’aucune n’y est détenue. C’est le cas de la MA de Limoges (11 places), du CP de Grenoble (NC), de l’EPM d’Orvault (3 places), et du CSL de Souffelweyersheim (NC).
Outre les conséquences de la surpopulation, les femmes subissent aussi la vétusté des établissements où elles sont incarcérées, près d’un tiers datant de plus de cent ans. Ainsi les établissements d’Agen, Mulhouse, Bourges, Nice et Fresnes (lesquels accueillent 10 % des détenues) ont été mis en service entre 1860 et 1898.
Des besoins en santé particuliers
Les femmes ont plus de difficulté que les hommes à avoir accès aux soins. Lorsqu’elles n’ont pas accès à un SMPR, les professionnels de santé doivent se déplacer sur place (comme à Toulouse), ce qui est plus difficile à mettre en place.
En outre, elles nécessitent des soins spécifiques à leur genre, en particulier des soins gynécologiques. Une autre problématique de santé féminine concerne la précarité menstruelle et l’accès à la contraception – cette situation étant assez inégale d’une prison à l’autre (distribution de kits, cantinage de produits d’hygiène souvent cher…).
Pour en savoir plus, vous pouvez lire notre page Santé et Détention.
Un taux de suicide explosif
En 2024, le taux de suicide est plus élevé chez les femmes détenues (23,1 pour 10 000) que chez les hommes (17,4 pour 10 000).
Dans la population générale, les hommes se suicident pourtant 4 fois plus que les femmes. En prison, cet écart se réduit considérablement jusqu’à s’inverser.
Ainsi, à âge égal, le taux de suicide des femmes est 40 fois plus élevé en détention qu’à l’extérieur.
Plus d’informations sur notre page sur le suicide en prison
Un moindre accès aux activités et équipements
Du fait de la non-mixité, le déplacement des femmes au sein des prisons d’hommes est très limité. En effet, cela implique de bloquer les déplacements des hommes sur le même temps. Or, le faible nombre de femmes détenues est considéré comme insuffisant pour mobiliser des locaux et du personnel.
Dès lors, l’accès à l’unité sanitaire, aux locaux scolaires, aux formations et aux activités socio-culturelles, sportives et professionnelles est davantage contraint pour les femmes que pour les hommes. Ainsi, certaines prisons ne comptent aucune femme scolarisée, alors même que 13 % des détenues sont illettrées ou n’ont qu’un niveau scolaire primaire (« Femmes détenues : les oubliées« , OIP-SF, 27.01.2020).
« L’affectation d’un personnel masculin à un poste dédié, par exemple, à l’entrée d’une zone socioculturelle, crée un frein à l’accès des femmes à celle-ci et par conséquent aux activités qui s’y déroulent » (la surveillance des femmes étant confiée uniquement à des personnels féminins)
CGLPL, Avis relatif à la situation des femmes privées de liberté, 25 janvier 2016
Quelques chiffres à partir de 130 femmes interrogées dans le cadre d’une enquête de la F2RSM Psy (décembre 2022)
- 52,7 % n’ont pas accès aux parloirs
- 46,6 % n’ont jamais accès au sport, et 14,5 % n’y ont que rarement accès
- 48,9 % des femmes n’ont jamais participé à une activité socio-culturelle, et 22,1 % n’y ont que rarement accès
- 65,6 % des femmes n’ont jamais eu accès à une formation professionnelle, et 6,9 % n’y ont que rarement accès
- 39,7 % des femmes n’ont jamais travaillé en prison, et 19,1 % que rarement
- 56,4 % n’ont pas la possibilité d’être scolarisées, et 9,9 % que rarement

Un parcours de réinsertion difficile
La majorité des activités socio-culturelles proposées aux détenues sont stéréotypées et ne permettent pas de participer à la réinsertion. Elles sont liées au bien-être (activités de relaxation, de soin et d’esthétique) ou à l’art (théâtre, peinture, photographie, couture, tricot, broderie).
Concernant la formation professionnelle, les détenues n’ont souvent pas le choix : les régions ne proposant qu’une offre. Celle-ci est aussi stéréotypée puisque généralement il s’agit d’une formation d’agente de propreté et d’hygiène, ou de formations liées à la cuisine et aux métiers d’entretien.
L’octroi de permissions de sortie, de réduction de peine ou d’aménagement de fin de peine est conditionné au comportement du détenu et aux efforts manifestés en vue de se réinsérer. Or ces efforts sont notamment visibles à travers un projet professionnel ou de formation. Dès lors, le moindre accès à une activité professionnelle pour les femmes limite l’accès à un travail à la sortie et l’octroi de mesures favorables à la réinsertion.
Cependant, les femmes obtiennent malgré tout plus de sorties anticipées et accompagnées : sur les 2 300 condamnées libérées sur l’année 2025, 48 % d’entre elles ont obtenu un aménagement de peine ou une libération sous contrainte (8 points de plus que les hommes).
« Mettons que Pôle emploi [aujourd’hui France Travail, ndlr] intervienne un jour par semaine dans l’établissement, comment fait la personne pour aller voir les femmes, une minorité isolée, perdue dans la masse ? Elle y va une fois par mois ? Je ne suis pas sûr que ce soit opérant.«
Damien Pellen, premier secrétaire du Syndicat national des directeurs pénitentiaires, OIP 2020
Une mixité émergente
En théorie, les activités proposées en détention doivent être mixtes (Ordonnance du 19 octobre 2022 relative aux droits sociaux des personnes détenues). Mais dans les faits, cette mixité reste conditionnée au « maintien du bon ordre et de la sécurité« , et n’est pas beaucoup appliquée. Déjà en 2018, lorsque la mixité était autorisée sans être obligatoire (article L.411-3 du Code pénitentiaire, loi pénitentiaire de 2009), seules 3,7 % des activités étaient mixtes (« Vers davantage de mixité ?« , OIP-SF, 24.02.2020).
Si des activités mixtes peuvent être organisées, comme à Bordeaux, les hommes et les femmes ne se mélangent guère. Il s’agit davantage d’une co-présence que d’une véritable mixité. Les femmes sont regroupées sur une table qui leur est réservée, elles se déplacent peu et elles ont peu d’échange avec les hommes.
« On met les hommes et femmes dans le même atelier, mais on ne les fait ni se parler, ni travailler ensemble.«
Corinne Rostaing, sociologue, OIP 2020
« Au début, c’était tellement exceptionnel que chez les hommes, ça a généré excitation et provocations aux fenêtres, au passage des premières femmes à aller travailler. Aujourd’hui, cela a quasi-totalement disparu, car c’est devenu banal d’apercevoir des femmes. Le phénomène s’est dissipé en à peine quelques mois et tout est beaucoup plus respectueux et apaisé, même s’il y a toujours quelques rares exceptions.«
Une détenue à Poitiers, OIP 2020

Dans certains établissements, la mixité a bel est bien été mise en place, comme à Metz, Poitiers ou Bordeaux. Dès lors, cela permet aux femmes d’avoir accès à des activités plus qualifiantes et moins genrées, et de voir davantage de monde que les quelques femmes incarcérées avec elles.
En outre, elle permet de « ré-initier le nécessaire dialogue entre les sexes et de favoriser, au moment de la libération, un retour plus aisé dans la société » (CGLPL, avis du 25 janvier 2016 relatif à la situation des femmes privées de liberté).
Néanmoins, si la mixité est avantageuse sur l’accès aux activités, elle n’est pas souhaitée par toutes les détenues. Presque toutes les détenus ont été victimes d’agression sexuelles ou de violences conjugales (enquête ENVEFF). De fait, certaines ont peur du contact des hommes. Or la prison peut représenter pour celles-ci un espace de reconstruction et d’émancipation de la domination masculine.
Pour approfondir le sujet de la mixité en prison, un rapport de recherche a été publié en 2024 par Coline CARDI, Anaïs HENNEGUELLE, Anne JENNEQUIN et Corinne ROSTAING pour l’Institut Robert Badinter.

La prise en charge des spécificités de certaines détenues
Quid des femmes enceintes ou des jeunes mères détenues ?

Certaines femmes peuvent être incarcérées alors même qu’elles sont enceintes ou qu’elles élèvent un nourrisson. Afin de ne pas rompre le lien mère-enfant, ce dernier peut rester avec sa mère jusqu’à ses 18 mois. Cette situation concerne environ 100 enfants chaque année, incarcérés avec leur mère dans une cellule dont la taille doit théoriquement atteindre 15 m2 (cette obligation n’est que rarement respectée).
Une fois les 18 mois passés, l’enfant doit sauf cas particuliers être pris en charge à l’extérieur, en général par la famille. Cependant, compte tenu de l’isolement géographique des établissements pour femmes, les parloirs sont souvent réduits et le lien mère-enfant très difficile à maintenir.
La situation juridique des jeunes enfants est très particulière parce que bien que leur mère soit détenue, les enfants naissent et demeurent libres. Ils peuvent donc sortir à tout moment, avec n’importe quel proche de confiance désigné par la mère ou les titulaires de l’autorité parentale, pour une heure ou plusieurs nuits. Cependant, cela n’arrive pas souvent du fait de l’isolement géographique et social des mères détenues : celles-ci comptent généralement peu de proches ou tiers de confiance à l’extérieur.
« L’enfant n’est pas détenu. Ce n’est pas qu’une formule rhétorique, cela a une signification : l’enfant peut sortir à tout moment, librement, sans la contrainte de l’administration pénitentiaire, sans la contrainte de la justice.«
Justine Gerbard, directrice des services pénitentiaires, porte parole de l’administration pénitentiaire (émission Public Sénat du 30 mai 2026)
Pour s’adapter, l’administration a déployé des nurseries pénitentiaires, d’une capacité totale de 75 places en 2026, permettant à l’enfant de grandir dans de meilleures conditions. Les femmes enceintes en fin de grossesse y ont aussi accès. Deux types de nurseries existent :
- les cellules mère-enfant : il s’agit de cellules isolées au sein de quartiers femme avec très peu d’aménagements spécifiques. Les femmes sont simplement logées dans des cellules plus grandes et un équipement minimum pour l’enfant : un berceau, une commode, une table à langer et une salle d’eau plus spacieuse avec un grand lavabo pour le bain du bébé.
- les unités nurseries : ces unités comprennent des cellules mère-enfant mais aussi de locaux ou des espaces aménagés à usage collectif comme une cour de promenade ou une salle commune équipée de jouets et d’articles de puériculture. Le régime de détention est plus souple qu’en détention classique.
- le quartier nurserie de Rennes (désormais fermé) : le Centre pénitentiaire de Rennes n’accueillant que des femmes, l’espace nurserie n’était pas qu’une simple unité au sein d’un quartier, mais un quartier entier aménagé pour accueillir 5 groupes mère-enfant. Ce dernier n’existe plus (dernier rapport de visite du CGLPL).
La Maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, qui accueille le plus de groupes mère-enfant (jusqu’à 13), est la seule qui comporte une micro-crèche depuis 2019. Celle-ci peut accueillir 10 enfants de femmes détenues, qui ont l’obligation de laisser leur enfant à la micro-crèche pendant 3 heures chaque semaine. Le but est double :
- proposer aux enfants, libres, d’exercer des activités au sein d’équipements culturels et ludiques de la commune. Ces activités sont nécessaires à leur développement et leur permettent de rencontrer d’autres enfants et personnes extérieures. Elles les préparent aussi, ainsi que leur mère, à leur séparation aux 18 mois de l’enfant ;
- permettre aux mères de dégager du temps pour leur réinsertion et leurs obligations juridiques.
Quid des femmes transgenres détenues ?
Les modalités de prise en charge des femmes transgenres « ne permettent pas de pallier l’inadaptation des établissements pénitentiaires à leur identité de genre« .
Administration pénitentiaire, OIP 2020.
Seule une trentaine de femmes transgenres est détenue en France, dans des locaux aux équipements encore plus limités que les quartiers femmes et avec interdiction d’entrer en contact avec des personnes détenues qui ne sont pas transgenres. Etant donné que le choix de l’établissement de détention dépend de l’identité sexuelle mentionnée à l’état civil, les personnes qui n’ont pas encore obtenu la modification de cette mention se retrouvent incarcérées dans les établissements pour homme. En revanche, pour tenir compte de leur situation, elles le sont généralement en quartier d’isolement, essentiellement en Île-de-France et en particulier au « quartier spécifique » de la Maison d’arrêt de Fleury-Mérogis.
Néanmoins, elles sont d’autant plus isolées qu’elles n’ont pas le droit d’entrer en contact avec le reste des détenus. En outre, elles ont accès à une petite bibliothèque et quelques activités spécifiques animées par l’association Acminop (arts plastiques, yoga, médiation animale, musculation, …) et disposent de 2 promenades d’1h par jour.
Leur identité de genre rend encore plus difficile leur quotidien étant donné que ces personnes peinent à avoir accès à des traitements hormonaux (du fait de la difficulté générale d’accès aux soins en détention), à des produits d’hygiène, de beauté ou à des vêtements féminins.
Enfin, malgré la lettre de la loi, la direction de Fleury-Mérogis permet depuis quelques années à certaines femmes transgenres d’être incarcérées à la Maison d’arrêt pour femmes (MAF) sous condition d’avoir subi l’opération de « réassignation sexuelle ».
Pour aller plus loin

Écoutez l’émission « Grand reportage » sur France Culture consacrée aux femmes en prison
Les femmes représentent 3,5% de la population carcérale en France. Extrêmement minoritaires, elles sont depuis longtemps lésées concernant leurs conditions de détention et leur réinsertion. Dans le quartier femmes des Baumettes, certaines inégalités persistent mais la mixité hommes-femmes progresse.

Regardez l’émission « Un monde en doc » sur Public Sénat sur la maternité en prison et les conséquences pour les enfants
Devenir mère n’est jamais une étape anodine… Elle l’est encore moins lorsque les conditions dans lesquelles on élève son enfant sont atypiques. C’est le cas des femmes qui ont un bébé en prison. Elles ne sont pas très nombreuses, à peine quelques dizaines, accueillies dans une trentaine d’établissements pénitentiaires. Alors, comment vit-on sa maternité lorsqu’on est enfermé ? Quelles conséquences pour l’enfant ? Quelle contradiction morale cela pose-t-il d’emprisonner un être innocent, considérant qu’il est forcément mieux auprès de sa mère ? Rebecca Fitoussi et ses invités ouvrent le débat.

Regardez l’émission « Documentaire » sur Public Sénat sur la maternité sous écrou
En France, les femmes ne représentent qu’une faible part de la population carcérale. Pourtant, derrière les murs, certaines vivent une réalité presque invisible : celle de la maternité en détention. Qu’elles soient enceintes ou incarcérées avec leur bébé, Maternité sous écrou suit le parcours de ces mères, de la grossesse à l’accouchement sous surveillance, jusqu’aux premiers mois passés avec leur enfant derrière les barreaux. Ce documentaire vous fait découvrir l’intimité de celles qui souvent, apprennent à être mère entre quatre murs. Dans l’intimité des cellules et des unités mère-enfant, le film interroge la place accordée à la maternité, à la dignité et à la réinsertion, à travers le récit de ces femmes et des professionnel.les qui les entourent. Une immersion rare et sensible dans le quotidien pas tout à fait comme les autres de ces mères incarcérées et de leurs enfants.
Articles et rapports de recherche
ASHDOWN, J. & JAMES, M., « Les femmes dans les lieux de détention », International Review of the Red Cross, n°877, Mars 2010, 18 p.
Les systèmes carcéraux tiennent rarement compte des sexospécificités, et ce, encore moins dans les situations de conflit. Lorsque des femmes sont détenues, il est indispensable de faire appliquer des normes internationales qui répondent aux besoins spécifiques des femmes. Le présent article passe en revue les dispositions du droit international pertinentes en la matière, ainsi que les considérations liées aux sexospécificités devant être prises en compte dans leur application.
CARDI, C. & al. « La féminisation du personnel de surveillance pénitentiaire : la remise en cause d’une institution viriliste ? » Droit et Société 2024/1, n° 116, 06/05/2024, pp. 63-69.
Cet article, qui croise analyse juridique et sociologique, interroge les contours et la mise en œuvre actuelle de la féminisation du métier de surveillant pénitentiaire. Cette féminisation est loin d’être une évidence et perturbe une institution fondamentalement pensée comme non-mixte. La mixité demeure contenue, pour garantir le bon fonctionnement des établissements. Derrière la mixité au travail se rejoue en réalité une division genrée des tâches entre femmes et hommes surveillants. La féminisation échoue dès lors à normaliser les conditions d’exercice des fonctions et maintient au contraire une difficile acceptation des femmes surveillantes dans ce qui reste « la maison des hommes ».
SOHY, C., « Femmes détenues – La prison, théâtre d’une double peine », La Revue Nouvelle 2024/7 n°7, 15/11/2024, pp. 66-77.
Le vécu de leur incarcération par les détenues est peu abordé dans la littérature scientifique francophone. La sous-représentation des femmes dans le monde carcéral (moins de 4 % de la population) suffit généralement à les écarter des analyses (Rostaing 2017). Pourtant, les femmes incarcérées voient leur corps marqué, utilisé, et contrôlé d’une manière spécifique par l’institution pénitentiaire. Se pencher sur le sort des femmes en prison, c’est donc à la fois éclairer le fonctionnement du système répressif et envisager ses liens avec l’ordre sexué de notre société et les normes qui lui sont liées (Cardi 2007).
Articles de presse
ANELLI, L., « Baby-blues carcéral », OIP-SF [en ligne], 14/03/2020.
Alors qu’au 1er juillet 2019, trente bébés vivaient avec leur mère en prison, l’ouverture récente de la crèche à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis offre une image exemplaire de la prise en charge de la question de la maternité par l’administration pénitentiaire. Une vitrine qui ne doit pas masquer la réalité de ce que vivent la majorité des femmes enceintes et des mères détenues en France. Aussi, accoucher et élever un enfant en prison est et reste une expérience douloureuse.
IMBERT, A. & JENNEQUIN, A., « Surveiller les femmes incarcérées en maison centrale. La construction d’une différenciation de la surveillance pénitentiaire au XIXe siècle », Criminocorpus [En ligne], 27 | 2025, mis en ligne le 27 mai 2025.
À rebours d’une perspective androcentrée dominant les représentations historiques comme actuelles de la prison, cet article entend éclairer l’enjeu de la surveillance des femmes incarcérées au XIXe siècle. En effet, durant la Monarchie de Juillet, au sein d’une politique carcérale visant alors à séparer les détenus en fonction de leur sexe, est posé le principe d’une surveillance des femmes condamnées se trouvant dans les maisons centrales de force et de correction par des personnes de leur sexe. C’est ce que contribue à réaliser le règlement du 22 mai 1841 pour le service des Sœurs, en consacrant le recours à un personnel spécifique, des religieuses. Ce texte participe à la mise en place d’une organisation propre aux maisons centrales pour femmes, reconfigurant la fonction de surveillance en la distinguant de celle qu’exercent les gardiens dans les établissements pour hommes. Cet article éclaire les spécificités du rôle ainsi reconnu à ces religieuses. Sont créées, sur des bases religieuses, les conditions d’une « éducation pénitentiaire » spéciale pour les femmes détenues. Se met en place une surveillance pénitentiaire différenciée pour les femmes et les hommes façonnant durablement l’organisation de la prison pénale et de son personnel.
BAILLY, N., » ‘Quartiers nurseries’ : comment les femmes vivent-elles la maternité en prison ? », Slate [en ligne], 03/07/2025.
En France, environ une cinquantaine de femmes détenues accouchent chaque année en prison. La loi leur permet de garder leur enfant auprès d’elles au moins dix-huit mois, mais les institutions peinent à organiser et à justifier la présence de bébés en milieu carcéral.
Documentation officielle
CGLPL, Avis relatif à la situation des femmes privées de liberté, JO 18/02/2016.
Les femmes représentent 3,2 % de la population carcérale ; 5 à 6 % de femmes sont placées en rétention administrative. Les jeunes filles prises en charge dans les centres éducatifs fermés (CEF) constituent 6 % de l’ensemble des mineurs. En 2014, sur 81 209 patients admis en établissement de santé mentale sous le régime de soins psychiatriques sans consentement, 38,21 % étaient des femmes (les femmes hospitalisées sous contrainte sont proportionnellement plus nombreuses que dans d’autres lieux de privation de liberté).
Les établissements de santé reçoivent indifféremment des patients hommes et femmes en raison de la mixité des soins ; en revanche, parmi les 188 établissements pénitentiaires, seuls 56 accueillent des femmes détenues, dont la plupart se trouve dans la moitié nord de la France. Seuls trois des six établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM) reçoivent des jeunes filles, et neuf centres de rétention administrative (CRA) sur vingt cinq accueillent des femmes. Enfin, un seul CEF est réservé à l’accueil des seules mineures, la majorité des autres CEF n’hébergeant que des jeunes hommes.
Il résulte des constats opérés par le CGLPL lors de ses visites que la situation des femmes privées de liberté n’est pas conforme au principe d’égalité entre les hommes et les femmes affirmé tant dans les normes nationales qu’internationales.
Minoritaires en nombre, elles sont l’objet de discriminations importantes dans l’exercice de leurs droits fondamentaux : un maintien des liens familiaux rendu difficile par un maillage territorial inégal des lieux d’enfermement, des conditions matérielles d’hébergement insatisfaisantes en raison de leur enclavement au sein de quartiers distincts, un accès réduit ou inadéquat aux activités, une prise en charge au sein de structures spécialisées limitée voire inexistante, et parallèlement, un manque de prise en compte des besoins spécifiques des femmes.
Des modifications dans la prise en charge des femmes privées de liberté sont donc indispensables. Elles doivent être mises en œuvre, selon les propositions d’amélioration énoncées dans cet avis, afin de rendre effectif le principe d’égalité entre les hommes et les femmes qui doit s’appliquer dans l’intégralité de la société, celle du « dedans » comme celle du « dehors ».
Livres et thèses
LESSELIER, C., Les femmes et la prison, 1815-1939, Thèse, Histoire, 1982, 587 p.
Cette thèse n’est pas disponible en version numérique, et ne semble pas publiée. En revanche, elle est consultable au Centre de documentation du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales. Elle est citée dans un certain nombre d’articles.
PETIT, J.-G., Ces peines obscures. La prison pénale en France 1780-1875, Fayard, Paris, 21/02/1990, 752 p.
La peine de prison – invention moderne puisqu’elle n’est devenue la base de la pénalité en France que sous la Révolution – est pavée dès ses débuts de bonnes intentions. En 1791, son principal promoteur, Le Pelletier de Saint-Fargeau, veut en faire l’espace et le temps du rachat social en attendant que de justes lois rendent les lois répressives inutiles. Mais déjà la prison réelle apparaît comme un lieu de souffrances cachées et l’école du crime.
La prison, purgatoire des égarés ou enfer des condamnés ? Le débat est loin d’être clos. Cette histoire concerne l’évolution de notre société postrévolutionnaire. Situant les hommes qui ont fait de la prison le pivot de la pénalité, elle retrace aussi la vie quotidienne des condamnés et la naissance des manufactures carcérales. Il y est donc question de politique, de droit et de justice. Il y est encore question de philanthropie, de médecine et d’architecture, d’entrepreneurs privés et de concurrence, de violence et de religion.
Analyser comment les prisons pénales sont nées au XVIIIe et se sont développées au XIXe siècle, c’est voir comment, pour affirmer leur pouvoir et discipliner une société qui se recompose, les élites du siècle du progrès, dans l’obscurité carcérale, ont fait sentir aux » mauvais pauvres » la terrible douceur des peines.
LE PENNEC, A., Histoires de prisonnières. Les femmes incarcérées dans les maisons centrales du sud de la France au XIXe siècle, Toulouse, Presses Universitaires du Midi, 2022, 334 p.
En 2002, en ouverture de Femmes et justice pénale, Michelle Perrot appelait à « étudier […] l’échelle des peines à l’aune du genre« . En effet, les prisons féminines sont menacées d’oubli car « l’ombre les enveloppe plus que les prisons masculines« . Le travail d’Anna Le Pennec sur les femmes incarcérées dans les prisons centrales du sud de la France au XIXe siècle, vingt années plus tard, répond parfaitement à ce plaidoyer. Issu d’une thèse en histoire réalisée sous la direction de Sylvie Chaperon à l’université Toulouse 2, il s’inscrit dans un renouveau récent des études sur l’enfermement des femmes.
Présentation PowerPoint (Colloque)
KANIA, E. (Dr), AHOUANTO-CHASPOUL, M. (Dr) & al. « Atelier 4 : Enjeux actuels pour les femmes détenues et la mixité dans les soins », Colloque national Soins en prison, 30 ans après la loi de 1994 : Avancées, Limites, Perspectives [Présentation Diaporama], 18-19 janvier 2024, 65 p.
Intervenants :
– Carolina NASCIMENTO, Responsable du Pôle Informer, Prison Insider
– Dr Despinoia NIKIFORAKI, Interne de Santé Publique – PhD EHESS
– Edouardo GARDELLA, Chargé de recherches au CNRS, Responsable de l’étude Emergence
– Dr Rose NGUYEN TAN LUNG, Gynécologue, UCSA de la MAF de Fleury-Mérogis, CHSF
