Un indice des conditions de détention pour mesurer les disparités entre prisons

Découvrez l’indice PCiF des conditions de détention

L’indice des conditions de détention, appelé “Indice PCiF” pour Prison Conditions in France, a pour but d’évaluer la qualité des conditions de détention auxquelles sont exposés les détenus dans chacune des quelque 185 prisons françaises.

Cet indice quantitatif allant de 0 (au pire) à 1 (au mieux) compare les établissements pénitentiaires sur une dizaine d’indicateurs captant différents aspects des conditions de détention.

La carte ci-contre permet de visualiser facilement les prisons françaises selon leur indice PCiF, en allant des conditions les plus dégradées (en rouge) aux conditions les plus favorables (en vert).

Pour tout comprendre à la méthodologie et aux indicateurs utilisés dans notre indice PCiF, défilez plus bas !

Un complément aux sources qualitatives

Un indice cohérent avec les décisions judiciaires

Une preuve d’atteintes aux droits et à la dignité ?

Classement des prisons

Dans cette infographie, toutes les prisons françaises sont classées selon leurs conditions de détention : des plus dégradées (indice PCiF faible, proche de 0) aux plus favorables (indice élevé, proche de 1). Vous pouvez trier les prisons selon le type d’établissement (Maison d’arrêt, Centre de Détention, etc.) ou selon une des dimensions spécifiques de l’indice.

Pour agrandir l’infographie, vous pouvez cliquer ici.

Comment sont classées les 187 prisons françaises ?

Le score d’un établissement pénitentiaire est un nombre compris entre 0 et 1 et correspond à la moyenne pondérée de 11 indicateurs différents, eux-mêmes normalisés entre 0 (la pire prison sur cet indicateur) et 1 (la meilleure prison sur cet indicateur).

Plus le score d’une prison s’approche de 1, plus les conditions de détention sont globalement bonnes comparées aux autres établissements. La prison de Lannemezan obtient par exemple un indice assez élevé de 0,66 qui la place parmi les centres pénitentiaires (CP) les mieux notés.

Théoriquement, un établissement peut recevoir le score maximal de 1 s’il est tout en haut du classement des 187 prisons françaises sur chacune des variables utilisées dans le calcul.

Au contraire, un score proche de zéro indique des conditions de détention très dégradées comparativement aux autres établissements sur tous les indicateurs. La prison de Fresnes recueille l’indice le plus faible du territoire, avec un score de 0,27.

Pourquoi un indice relatif basé sur des comparaisons entre prisons ?

Comment pondérer les différents indicateurs ?

Pourquoi certaines prisons n’apparaissent pas dans le classement ?

FRESNES : 0,27
Avec un score de 0.27, c’est l’établissement dont les conditions de détention sont les plus dégradées selon notre indice.

TOULOUSE-SEYSSES : 0,34
Le centre pénitentiaire a fait l’objet pour la deuxième fois de recommandations en urgence début juin 2025. Il figure parmi les prisons ayant l’indice PCiF le plus dégradé.

FLEURY-MEROGIS : 0,4
Il s’agit du plus grand établissement pénitentiaire français et même d’Europe. Son indice PCiF s’élève à 0,4.

Personnalisez l’indice selon votre vision de la prison

Notre interface graphique vous permet de personnaliser l’indice en choisissant vous-même les pondérations de chaque indicateur et donc de faire peser un poids plus important à une (ou plusieurs) variable que vous considérez capitale. Par défaut, chaque variable reçoit la même pondération (1 pour les variables continues, 0 pour les variables discrètes). Vous avez la possibilité de pondérer chaque variable continue avec un coefficient allant de 0 à 3. Vous pouvez aussi pondérer les variables discrètes à 0, 0.5, ou 1.

Vous pouvez aussi filtrer les prisons par type d’établissement pénitentiaire, ainsi que par direction interrégionale. Vous pouvez aussi choisir de vous intéresser uniquement aux établissements comprenant plus de vingt détenus en moyenne, ou à tous les établissements pénitentiaires quelle que soit leur taille.

Explorez dans le détail l’indice PCiF et calculez vous-même votre propre indice en pondérant comme vous le souhaitez les indicateurs qui vous intéressent !



La formule de l’indice se trouve ci-contre. Les α correspondent à chacune des 11 variables. Les β correspondent à la pondération choisie pour chacune des variables (1 par défaut). La méthodologie utilisée pour calculer le score est détaillée dans l’article “Prison Conditions in France: A Database and An Index to Characterize All French Prisons” (MONNERY et KORKMAZ, 2023).

Quelles caractéristiques sont prises en compte ?

Les différents indicateurs mobilisés visent à capter les principaux aspects des conditions de détention : les caractéristiques du bâtiment, la taille de la prison et sa densité carcérale, la qualité de la prise en charge, les plaintes ou encore les suicides de détenus.

Comment ont été sélectionnés ces indicateurs ?

Pourquoi seulement onze indicateurs ?

Huit indicateurs sont des variables quantitatives

1. Ancienneté du bâtiment

2. Isolement géographique

3. Taille de l’établissement

4. Densité carcérale

5. Charge de travail des surveillants

6. Accès au travail des détenus

7. Saisines du CGLPL

8. Suicides de détenus

Trois indicateurs sont des variables qualitatives

9. Présence de parloirs aménagés

10. Recommandations en urgence

11. Condamnation de l’établissement

Résumé statistique des indicateurs

Le tableau ci-dessous fournit quelques statistiques descriptives des 8 variables quantitatives de notre indice des conditions de détention (MONNERY et KORKMAZ, DEMC Journal, 2023).

À elles seules, ces statistiques permettent déjà de prendre la mesure des disparités qui peuvent exister d’une prison à l’autre : en termes d’ancienneté du bâtiment par exemple, si la prison moyenne date de 1943, les années de construction s’étalent en réalité sur près de 2 siècles et demi (entre 1790 et aujourd’hui), avec un écart-type de 65 ans séparant deux prisons prises au hasard.

Des indices très différents selon le type d’établissement

D’importants écarts existent entre les principaux types d’établissements pénitentiaires (pour plus d’explications, voir notre page dédiée aux différentes prisons) :

  • Les Établissements Pénitentiaires pour Mineurs (EPM) affichent les indices les plus élevés avec une valeur moyenne de 0,67, ce qui place la plupart d’entre eux dans le 4ème quartile de l’indice (le haut du classement). Ces bons résultats s’expliquent globalement par le fait que les EPM sont de petites structures, assez récentes, peu affectées par la surpopulation et bénéficiant de taux d’encadrement élevés.
  • Les Centres de Semi-Liberté (CSL) reçoivent aussi des scores assez élevés en moyenne : il s’agit souvent de petites structures, proches des centres-villes et peu surpeuplées.
  • Les Centres de Détention (CD) et les Maisons Centrales (MC) obtiennent des indices intermédiaires, qui s’expliquent essentiellement par la pratique du numerus clausus (pas plus de détenus que de places) et par un niveau d’encadrement et d’accès aux activités assez positif en général, par rapport aux maisons d’arrêt.
  • Enfin les Centres Pénitentiaires (CP) et les Maisons d’Arrêt (MA) enregistrent les indices les plus faibles, respectivement 0.49 et 0.50. Ces établissements accueillant des prévenus et des courtes peines, très soumis à la surpopulation carcérale et à un sous-encadrement chronique, sont largement surreprésentés dans le 1er quartile de l’indice (ils pèsent pour 96 % du bas du classement) et sont au contraire sous-représentés dans le haut du classement (47 % du 4ème quartile).

“On Parle Prison”, des dialogues illustrés pour tout comprendre en 5 minutes

Découvrez les différents types d’établissements pénitentiaires de façon interactive et illustrée, en suivant Sandra et Catherine dans notre épisode dédié de “On Parle Prison” !


L’importance du type d’établissement sur les conditions de détention

Le graphique ci-contre permet de confirmer le rôle clé du type d’établissement sur les conditions de détention. Il représente une analyse en composantes principales (ACP) qui permet de décrire les huit variables continues considérées de manière synthétique en exploitant leurs corrélations.

Ici sont considérées deux composantes principales pour représenter les établissements sur deux dimensions :
– la première dimension (abscisse) reflète essentiellement la densité carcérale des établissements, les saisines adressées au CGLPL et l’espace dévolu au travail dans l’établissement ;
– la seconde dimension (ordonnée) reflète la charge de travail des surveillants, l’année de construction et la taille de l’établissement.

Graphiquement, les variables les plus contributives d’une composante principale sont les variables dont les vecteurs sont les plus longs, avec une direction proche de celle de l’axe de la composante en question.

  • Les Maisons centrales (en jaune) se distinguent des autres établissements selon la première dimension : il s’agit de prisons avec un taux d’occupation relativement faible, un espace alloué au travail important, mais de nombreuses saisines du CGLPL.
  • Les Maisons d’arrêt (en rose) sont à l’inverse majoritairement à gauche de l’origine : ce sont les établissements les plus densément occupés, avec un moindre accès au travail. Selon la seconde dimension, les grands établissements, récents et dans lesquels la charge de détenus par surveillant est élevée, se trouvent en dessous de l’axe des abscisses.
  • Les Établissements pour mineurs (en violet) sont très concentrés dans cette représentation : ils sont tous de taille assez faible, peu sujets à la surpopulation carcérale et ne sont pas concernés par la question du travail.
  • Les Centres de semi-liberté (en orange) diffèrent selon la dimension : ils sont relativement homogènes selon la première, avec peu de cas de surpopulation et l’absence d’espace dédié au travail ; mais ils sont davantage hétérogènes selon la deuxième, principalement du fait de leurs années de construction variables.
  • Les Centres pénitentiaires (en bleu) occupent une position centrale dans le nuage de points : ce résultat s’explique par le fait qu’ils rassemblent en leur sein plusieurs quartiers de détention de différents régimes (comme un quartier “maison d’arrêt” et un quartier “centre de détention”, par exemple).

Un indice PCiF très cohérent avec les décisions judiciaires en matière de conditions indignes

Pour valider la pertinence de notre mesure des conditions de détention, nous étudions les liens statistiques entre l’indice PCiF et les condamnations visant des établissements pénitentiaires, de la part des tribunaux administratifs ou de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (au 1er mai 2023).

Comme le montre le graphique ci-dessus, les 43 établissements déjà condamnés présentent des indices PCiF généralement bien plus faibles que les autres : en moyenne, l’écart est de 0,09 entre les deux groupes (0,442 contre 0,535) sur un indice allant potentiellement de 0 à 1. Un test de Kolmogorov-Smirnov montre que l’écart entre les deux distributions est statistiquement très significatif (p-valeur = 0,000).

Néanmoins, il existe des établissement ayant un indice PCiF faible (autour de 0,3) mais n’ayant jamais été condamnés ; et au contraire quelques prisons relativement bien classées selon notre indice mais ayant fait l’objet d’une condamnation. Il est tout de même notable que, parmi le “top 50” des établissements les mieux classés, un seul ait déjà fait l’objet d’une condamnation.

Une autre approche consiste à représenter la relation existant entre l’indice PCiF et la probabilité qu’une prison ait déjà été condamnée.

  • La courbe décroissante obtenue ci-contre indique que les prisons mal classées selon l’indice PCiF présentent des taux de condamnation bien supérieurs aux prisons bien classées.
  • Alors que la prison médiane en termes d’indice (0,51) présente une probabilité estimée d’avoir été condamnée proche de 25 %, ce risque dépasse 35 % pour les prisons du premier décile de la distribution (D1, soit les 10 % des prisons ayant les plus mauvais indices de condamnation de détention).
  • Le risque de condamnation est au contraire inférieur à 10 % pour les établissements du dernier décile (D9, les 10 % des prisons obtenant les meilleurs indices).
  • Il existe donc un lien fort, négatif et linéaire entre notre indice PCiF et la probabilité qu’un établissement ait déjà été condamné par la justice.

Cette relation statistique très nette témoigne de la forte cohérence qui relie notre indice PCiF et l’appréciation portée par les juges français et européens vis-à-vis des conditions de détention dans les prisons françaises.

Cela se vérifie aussi quand on s’intéresse aux recommandations en urgence émises par le CGLPL à l’issue de certaines de ses visites (étoiles sur le graphique ci-contre). La douzaine de prisons déjà visées se concentrent sans surprise dans le bas du classement PCiF.

Pour plus de détails, vous pouvez lire notre analyse complète dans l’article “Conditions de détention en France : caractéristiques des prisons et condamnations par la justice française et européenne” publié dans la revue Jurimétrie.

Quelques contre-exemples


Explorer l’épisode 4 de “On Parle Prison” pour tout savoir en 5 minutes

Découvrez la diversité du parc pénitentiaire français de façon interactive et illustrée, en suivant Marwan, Sarah et Claude dans notre épisode dédié de “On Parle Prison” !


Pour aller plus loin

LOISEL, N. & MONNERY, B., “Conditions de détention en France : caractéristiques des prisons et condamnations par la justice française et européenne”, Jurimétrie – Revue de la mesure des phénomènes juridiques, 2025, vol. 3, 18/02/225, 19 p.

MONNERY, B. & KORKMAZ, S., “Prison Conditions in France: A Database and An Index to Characterize All French Prisons”, DEMC Journal, 2023, vol. 1, 14/12/2023, 11 p.