Quelles évolutions récentes de la population carcérale ?

Au 1er janvier 2026, la population carcérale dépasse le seuil des 86 000, soit + 5 000 détenus en un an et +28 000 depuis juin 2020.

Ces cinq dernières années, la population carcérale repart donc très fortement à la hausse en France, après une baisse exceptionnelle lors de la première vague du Covid-19 (voir encadré).

Chaque mois depuis le point bas de juin 2020, la population augmente en moyenne de près de 450 détenus supplémentaires, soit pratiquement l’équivalent d’un nouveau Centre Pénitentiaire rempli par mois.

Durant la décennie 2010, l’évolution de la population carcérale était bien plus lente : entre 2015 et 2020, la population carcérale est passée de 66 000 à environ 71 000 détenus, soit environ +1 000 par an, cinq fois moins vite que le rythme actuel.

Plusieurs facteurs sont susceptibles d’expliquer l’accroissement très rapide de la population carcérale ces dernières années, comme l’augmentation de certains types de criminalité : les violences conjugales et les violences sexuelles sont par exemple mieux prises en charge et plus sévèrement réprimées.

Mais la hausse du stock de détenus est en réalité d’abord expliquée par une augmentation sensible des durées d’incarcération (voir la section dédiée), le flux d’entrées étant assez stable sur longue période.

Une baisse historique au début du Covid-19

Quels sont les flux d’entrées et de sorties en détention ?

Le nombre de placements en détention et de libérations est assez stable au fil des années, et varie généralement entre 70 000 et 80 000 par an depuis 2006. 

Ces flux annuels sont massifs puisqu’ils correspondent grosso modo au stock de détenus à une date donnée, comme si la population carcérale était totalement renouvelée chaque année

De 2006 à 2019, il y a ainsi eu un peu plus d’un million d’entrées en détention en France, et presque autant de sorties. Le nombre de personnes qui passent par la case prison sur une période de quelques années est donc beaucoup plus élevé que le nombre de personnes détenues à une date donnée. 

Entre janvier 2016 et décembre 2017 par exemple, 231 500 personnes sont passées par la case prison d’après les données de Genesis (le logiciel de gestion de l’Administration Pénitentiaire), soit l’équivalent de la population de Bordeaux. Et chaque année, près de 150 000 personnes passent au moins un jour en prison.


Découvrez la gestion des flux d'entrées et de sorties en détention de façon interactive et illustrée, en suivant Maria et Paul dans notre épisode dédié de "On Parle Prison" !


Des durées de détention qui s'allongent...

La principale explication à l'augmentation du nombre de détenus tient au fort allongement des durées d'incarcération. Depuis vingt ans au moins, en prison, le temps s'allonge... Deux métriques permettent de le vérifier :

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La durée moyenne des peines fermes prononcées. D'après les chiffres du Ministère de la justice (graphique ci-contre), le quantum moyen des peines fermes est passé de 8 mois à 10,5 mois sur la dernière décennie (+28%)

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L'indicateur de durée moyenne de détention. Celui-ci est calculé en comparant chaque année les flux d'entrées (F) au stock de détenus (S) :d = (S / F) x 12. En 2025, cet indicateur atteint 12 mois alors qu'il variait entre 9 et 11 mois sur la décennie 2010, et n'était que de 7 mois en 2006 par exemple.

Cet allongement des peines s'explique probablement à la fois par une aggravation structurelle du type de faits jugés par les tribunaux (via un meilleur traitement judiciaire des violences intra-familiales et sexuelles notamment) et par une sévérité accrue des magistrats à infraction donnée (notamment afin de contrebalancer certaines réformes sur les aménagements et réductions de peines).

Les indicateurs de durées, en forte hausse, cachent en réalité d'énormes écarts entre des dizaines de milliers d'incarcérations très courtes (de l'ordre de 3 ou 6 mois) et une minorité de détenus purgeant des peines longues ou très longues. En 2021, 30 % des libérations correspondaient à des personnes ayant passé moins de 3 moins sous écrou ; seuls 18 % des sorties concernent des personnes ayant passé plus d'un an sous écrou.

Quels liens entre population carcérale et capacité des prisons ?

  • Structurellement, le nombre de places de prison est très inférieur au nombre de détenus en France. Entre 2000 et 2020, cet écart était de l'ordre de 10 000 détenus en trop par rapport à la capacité opérationnelle des prisons françaises. Depuis la fin du Covid-19, le décalage est encore plus grand et dépasse désormais les 20 000 détenus en surnombre (voir notre page consacrée à la surpopulation carcérale).
  • Conjoncturellement, la population carcérale évolue plus vite que la capacité : le nombre de détenus peut évoluer assez sensiblement d'une année à l'autre, voire d'un trimestre à l'autre, en fonction des réformes de politique pénale (années 2002-2004 par exemple) ou de mesures d'exception (grâces collectives, crise du Covid, etc.). À l'inverse, la capacité opérationnelle des établissements évolue essentiellement sur le moyen-long terme au gré des ouvertures et fermetures d'établissements pénitentiaires (et plus marginalement au gré des travaux dans des bâtiments ou cellules du parc existant). La capacité opérationnelle ne peut donc pas s'adapter à court terme : la seule solution d'urgence pour les chefs d'établissement consiste à ajouter des lits ou des matelas au sol, et à effectuer des transferts entre établissements voisins.

Un cercle vicieux "Constructions / Incarcérations" ?

Entre janvier 1990 et janvier 2020, le parc pénitentiaire a gagné environ 25 000 places ; mais la population carcérale a elle aussi augmenté de 25 000 détenus. Le problème de surpopulation n'a donc guère évolué en 30 ans. C'est ce constat qui fait dire à certains que "plus on construit, plus on incarcère", quand d'autres répliquent que "plus on incarcère, plus on construit". Les deux interprétations ont leur part de vérité :

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D'un côté, le Ministère de la Justice et son agence immobilière (l'APIJ) tentent d'adapter leurs plans de construction et de fermeture d'établissements aux besoins constatés ou prévisibles à moyen terme

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De l'autre, il est possible que les magistrats et l'administration centrale du Ministère adaptent leurs décisions à la surpopulation (en matière de peines prononcées, de réductions de peine et d'aménagements, de projets de réformes pénales, etc.). Ainsi, l'ouverture de nouveaux établissements pénitentiaires pourrait créer une forme d'appel d'air pour plus d'incarcérations dans les tribunaux voisins.

Pour distinguer ces deux effets, Arnaud PHILIPPE a comparé dans son livre (La Fabrique des jugements, Ed. La Découverte, p. 173) les peines prononcées et les niveaux de surpopulation dans les départements qui avaient connu, en 2009 et 2010, des ouvertures de prison à ceux qui n'en avaient pas connu.

Son analyse statistique montre un effet bénéfique durable de l'ouverture d'un établissement sur le taux de surpopulation carcérale, qui reste près de 20 % inférieur à son niveau antérieur. Au contraire, aucun effet n'est observé sur les peines prononcées par les tribunaux locaux suite à l'ouverture d'un établissement. Ces résultats relativisent la menace d'un effet d'appel d'air, selon laquelle toute ouverture de prison ne ferait que générer de nouvelles incarcérations.

Pour aller plus loin

En France

SSMSI, Insécurité et Délinquance en 2020, Bilan statistique

PHILIPPE, A., La fabrique des jugements – Comment sont déterminées les sanctions pénales, La Découverte, 24/02/2022, 342 p.

Ordonnance n° 2020-303 du 25 mars 2020 portant adaptation de règles de procédure pénale sur le fondement de la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de Covid-19, JORF n°0074, 26 mars 2020, 8p.