Santé et détention

L’état de santé des détenus

Dès leur entrée en détention, de nombreuses personnes incarcérées présentent un état de santé souvent plus dégradé que celui de la population générale. Une visite médicale d’entrée est réalisée dans les plus brefs délais, au maximum 24h après l’incarcération. Cette consultation permet d’établir un bilan de santé, de vérifier l’état vaccinal et de proposer un suivi spécialisé, si nécessaire, en cas de troubles psychologiques, d’alcoolisme ou de toxicomanie. Pour certains détenus, il s’agit du premier examen médical depuis plusieurs années. Cette situation s’explique en partie par leur situation sociale défavorisée qui les expose à de nombreux facteurs de risques liés à la précarité tels que le non-recours aux soins, les conduites addictives, les troubles psychiques non pris en charge, les conditions de vie instables, une alimentation déséquilibrée. Cela contribue à une dégradation globale de leur état de santé avant même l’incarcération.

Quel est l’état de santé des entrants en détention ?

Une enquête menée en Grand Est en 2020 sur la santé des entrants en détention apporte un éclairage sur leurs besoins de prise en charge dès leur arrivée.

L’examen médical d’entrée met en évidence des besoins de santé importants avec de nombreuses orientations vers des consultations spécialisées et des examens complémentaires, notamment en santé bucco-dentaire, en addictologie et en psychiatrie.

Une enquête un peu plus ancienne, menée en 2013 en Picardie (Hauts-de-France depuis 2016) auprès des personnes entrant en détention (n=1 780) a permis de dresser un état des lieux de leur santé et de leurs conditions sociales à leur arrivée en détention.

Prescriptions à l’entrée en détention

Selon l’enquête menée en Grand Est (2020) sur la santé des entrants en détention :

Parmi les arrivants, près d’une personne sur trois (32,9%) déclarait au moins une pathologie somatique connue. La moitié d’entre elles concernaient des pathologies broncho-pulmonaires, comme l’asthme ou la BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive) ainsi que des pathologies cardiovasculaires telles que l’hypertension artérielle ou l’arythmie.

L’étude soulignait également que la moitié des entrants nécessitait des soins dentaires, ce qui rejoint le constat de l’enquête menée en Grand Est où une part importante des orientations concernait aussi les soins dentaires.

En savoir plus sur l’enquête santé des entrants en détention, Grand Est

Santé mentale

Sur le plan psychique, les détenus présentent une prévalence particulièrement élevée de troubles psychiatriques par rapport à la population générale.

Les études menées en France montrent que les troubles de la personnalité concernent environ 32% des détenus, les troubles anxieux entre 29 et 44% et les troubles de l’humeur entre 28 et 31%.

D’autres pathologies psychiatriques sont également surreprésentées en détention. Le trouble de stress post-traumatique (TSPT) touche entre 5 et 14% des personnes incarcérées et les troubles psychotiques entre 7 et 17%. Cette prévalence élevée au TSPT peut notamment s’expliquer par le fait que les détenus ont souvent été exposés à des évènements traumatiques, en particulier au cours de l’enfance.

L’étude EPSYLON (Épidémiologie PSYchiatrique LONgitudinale en prison) est une enquête longitudinale menée dans 7 maisons d’arrêts françaises en 2024. Elle vise à décrire l’évolution de la santé mentale des personnes détenues à trois moments différents : à l’entrée en détention (M0), à 3 mois (M3) puis à 9 mois (M9).

Elle met en évidence que l’entrée en détention constitue un moment de vulnérabilité majeure, dans un contexte où les détenus présentent déjà de fortes fragilités sociales et médicales.

À M0, les prévalences des troubles sont déjà élevées, notamment pour les troubles liés à l’usage de substances. Les troubles liés à la consommation de drogues atteignent près de 40% à l’entrée en détention. La suicidalité concerne 16,1% des détenus, les troubles de l’humeur 14% et les troubles anxieux 10,9%. Ensuite, le trouble stress post-traumatique concerne 6,2% des détenus et le syndrome psychotique est moins fréquent avec 3,6%.

Ces résultats soulignent l’importance d’un repérage précoce et d’une prise en charge dès l’arrivée en détention.

Consommation de substances psychoactives chez les détenus

Les troubles psychiques fréquemment observés en détention s’accompagnent souvent de consommations de substances psychoactives, susceptibles d’aggraver un état de santé déjà fragilisé. Dans la majorité des cas, les personnes détenues présentent déjà des antécédents importants de consommation, notamment de tabac, de cannabis et d’alcool qui sont les trois principales substances consommées en détention.

En 2023, une enquête sur les consommations de drogues en prison menée par l’Observatoire Français des Drogues et des Tendances addictives (OFDT) auprès des hommes détenus en France métropolitaine met en évidence plusieurs résultats. Les données recueillies montrent notamment que la consommation de tabac et de cannabis est plus fréquente en détention qu’en population générale.

En ce qui concerne l’usage du tabac, il atteint 63% en détention contre 25% en population générale. Pour le cannabis, près de 3,2% des hommes dans la population générale en fume quotidiennement contre 26% chez les hommes détenus. Ces chiffres mettent en avant un écart important de prévalence entre le milieu carcéral et la population générale.

Par ailleurs, l’étude montre que l’initiation à la consommation de drogues pendant la détention reste assez rare. La plupart des personnes incarcérées qui consomment des substances illicites en consommaient déjà avant leur entrée en détention.

Les données indiquent toutefois que certains détenus peuvent expérimenter ces substances au moins une fois en prison. Si une partie d’entre eux déclare en avoir consommé 1 fois, la proportion de ceux qui en ont consommé au moins 6 fois reste plus faible.

Risques infectieux

En ce qui concerne le risque infectieux, certaines infections sont beaucoup plus fréquentes chez les personnes détenues que dans la population générale.

En effet, les données de l’enquête Prevacar (2010), réalisée sur un échantillon de 1 876 détenus (267 femmes et 1 607 hommes), mettent en évidence des taux de VIH et d’hépatite C (VHC) nettement plus élevés en détention. Environ 5% des hommes et 12% des femmes incarcérées sont porteurs du virus de l’hépatite C (VHC) et 2% des hommes contre environ 3% des femmes pour le VIH. La majorité des infections par le VHC est liée à l’usage de drogue.

Après extrapolation à l’ensemble de la population carcérale adulte française (environ 61 000 individus en 2010), cela correspond à une estimation d’environ 3 000 détenus infectés par le VHC et un peu plus de 1 200 détenus pour le VIH. Ces effectifs sont des estimations statistiques issues de l’échantillon étudié, obtenues grâce à une méthode de sondage et de redressement permettant de représenter l’ensemble des personnes détenues.

Ces prévalences sont beaucoup plus élevées que dans la population générale, 6 fois plus pour le VHC et 5 fois plus pour le VIH. Parmi les personnes vivants avec le VIH en détention, environ un quart ont découvert leur séropositivité suite à leur incarcération.

Handicap et incapacités

Les problèmes de santé physique sont particulièrement fréquents en population carcérale, dès l’entrée et tout au long de l’incarcération. Toutefois, à ce jour, il n’existe pas d’enquête nationale récente comparable sur la santé physique en détention. L’enquête HID-prison menée par l’INSEE et l’INED en 2001 a néanmoins mis en évidence une surreprésentation du handicap et des incapacités en prison par rapport au milieu libre (environ 3 fois plus).

A âge comparable, près de 60% des détenus déclaraient avoir des difficultés physiques, sensorielles, intellectuelles ou mentales dans leur vie quotidienne, contre 24 % en population générale. De même, 29% des personnes incarcérées déclaraient une limitation de leurs activités en raison de leur problème de santé contre 5% en milieu libre. Ces écarts observés dès l’entrée en détention tendent à s’aggraver au cours de l’incarcération. L’étude estimait qu’environ 4 000 détenus avaient besoin d’une aide (humaine ou matérielle) pour accomplir des actes de la vie quotidienne, une situation susceptible d’augmenter avec le vieillissement de la population carcérale.

Une étude nationale coordonnée par la direction de la protection judiciaire de la jeunesse (DPJJ) a été menée entre octobre 2023 et mai 2024 auprès des jeunes suivis par la PJJ. Cette étude met en évidence un état de santé globalement plus dégradé chez les jeunes suivis par la PJJ par rapport à ceux du même âge. L’enquête porte sur des jeunes âgés de 13 à 21 ans, composés à 91% d’hommes et 9% de femmes. Ces jeunes cumulent souvent plusieurs facteurs de risque pour la santé : addictions aux substances licites et illicites, exposition aux violences, précarité sociale, difficultés scolaires, ruptures affectives.

Le graphique ci-contre, sur la perception de l’état de santé des jeunes suivis met en avant qu’une majorité des répondants évalue sa santé comme bonne ou très bonne (37,9 et 35,4%). Près d’un jeune sur 5 (18,2%) la juge comme assez bonne et 8,5% la juge comme mauvaise ou très mauvaise.

L’étude souligne également le rôle déterminant de la situation sociale et de l’insertion des jeunes dans cette perception. Les jeunes sans activité ou au chômage déclarent 2 fois plus souvent un mauvais état de santé (32%) que les jeunes scolarisés (16%).

Handicaps et maladies

Santé mentale

Substances psychoactives

L’organisation des soins en détention

Un principe d’égalité d’accès aux soins

Pendant longtemps, la prison était surtout un lieu de punition avec peu de considération pour la santé des personnes détenues. Progressivement, de nombreuses réformes ont structuré le cadre juridique de la prise en charge sanitaire en milieu carcéral afin de garantir les droits fondamentaux des détenus. En France, les personnes incarcérées conservent leur droit fondamental à la santé. Cet accès aux soins repose sur un principe fondamental : les personnes détenues doivent bénéficier d’une prise en charge équivalente à celle de la population générale (article L322-1 du Code pénitentiaire et article L1110-1 du Code de la Santé Publique). Aujourd’hui, la prise en charge sanitaire des détenus est encadrée par le Code pénitentiaire et le Code de la Santé Publique.

Les soins dispensés en prison dépendent, depuis la réforme du 18 janvier 1994, du service public hospitalier et relèvent du ministère de la Santé, en lien avec le ministère de la Justice. Ainsi, chaque établissement pénitentiaire dispose d’une unité sanitaire relevant d’un centre hospitalier, les Unités Sanitaires en Milieu Pénitentiaire (USMP).

Depuis 2012, les soins somatiques et psychiatriques en milieu carcéral sont organisés en trois niveaux. Les principales structures de soins comprennent, d’une part, les Unités Sanitaires (USMP) ainsi que les Services Médico-Psychologiques en Régionaux (SMPR), qui assurent les soins à l’intérieur de la prison, et, d’autre part les Unités Hospitalières Spécialisées (UHSI et UHSA), mobilisées dans le cadre d’extractions médicales vers des structures hospitalières.

En savoir plus sur les extractions médicales

Un tournant majeur : la réforme de 1994

Un tournant majeur intervient avec la loi du 18 janvier 1994 adoptée suite aux recommandations du rapport Chodorge. Ce rapport préconisait de confier la prise en charge sanitaire des détenus au ministère chargé de la Santé.

Avec cette réforme, les soins dispensés en détention sont désormais assurés par le service public hospitalier. Le personnel soignant qui intervient en détention relève ainsi de l’hôpital public et non plus de l’administration pénitentiaire. Par ailleurs, les personnes incarcérées sont automatiquement affiliées à la Sécurité Sociale dès leur incarcération.

Une organisation des soins en 3 niveaux

Le système de soins auprès des détenus est organisé en 3 niveaux, pour offrir une prise en charge adaptée aux situations individuelles.

Niveau 1
Les soins ambulatoires en prison

Niveau 2
Les hospitalisations à temps partiel

Niveau 3
Les hospitalisations à temps complet

Cette organisation s’est largement structurée au cours des années 2000.

Schéma: H.Otmane • Source: ENAP

Depuis la réforme de 1994, plusieurs textes ont renforcé la volonté d’améliorer les soins en détention. La frise chronologique ci-contre illustre les principales évolutions de la prise en charge sanitaire en milieu carcéral depuis la réforme de 1994.

Ces évolutions traduisent une amélioration progressive de la prise en charge sanitaire des personnes détenues, notamment par le renforcement des droits des patients, qui s’appliquent également en détention, ainsi que par la mise en place de structures de soins adaptées aux besoins spécifiques.

En savoir plus sur l’organisation des soins en détention avant la réforme de 1994

Les unités sanitaires

Chaque établissement pénitentiaire dispose d’une unité sanitaire (USMP) permettant la prise en charge des soins somatiques et psychiatriques ne nécessitant pas d’hospitalisation. Ces unités assurent les prises en charge individuelles et peuvent aussi proposer des prises en charge de groupe (CATTP).

Elles permettent également le repérage et le dépistage des détenus entrant en détention et a pour mission d’assurer la continuité des soins.

En principe, chaque unité devrait disposer d’un cabinet médical composé de différents professionnels de santé, notamment de médecins généralistes, d’infirmiers, de médecins spécialistes (dentistes, kinésithérapeutes, ophtalmologues, addictologues, gynécologues pour les femmes incarcérées), de psychiatres et de psychologues.

Cependant, l’organisation et les effectifs varient fortement d’un établissement à l’autre. De nombreux postes restent vacants ou ne sont occupés qu’à temps partiel (voir notre section dédiée).

Les unités hospitalières

Les personnes détenues peuvent être hospitalisées dans des structures spécifiques adaptées à leur besoins médicaux. On distingue principalement les UHSI pour les soins somatiques et les UHSA pour la psychiatrie.

Les UHSI

Crées en 2000, les UHSI assurent l’hospitalisation somatique des détenus. Il en existe 8 en France métropolitaine. Les séjours peuvent concerner la médecine, la chirurgie, les soins de réadaptation nécessitant une hospitalisation complète, supérieure à 48 heures.

Photo d’une chambre à l’UHSI de Nancy-Brabois – Radio France, Arthur Blanc (crédit photo)
Photo d’une chambre à l’UHSI de Lyon – Progrès/Emilie CHARREL (crédit photo)

Selon une enquête menée par l’Observatoire International des Prisons (OIP) en 2022, ces unités présentent un taux d’occupation relativement faible, généralement inférieur à 70%. En 2014, ce taux n’atteignait qu’environ 59 %. D’après l’IGAS-IGSJ (Inspection Générale des Affaires Sociales et Inspection Générale des Services Judiciaires), le dispositif est peut-être surdimensionné en raison de prévisions initiales imprécises, mais cela ne suffit pas à expliquer cette situation.

Comment expliquer cette sous-occupation ?

Les UHSA

Contrairement aux UHSI, les unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA) ont quant à elles un taux d’occupation élevé allant de 82 à 93%, avec une durée moyenne d’hospitalisation de 45 jours. La mission IGAS-IGSJ a mis en évidence plusieurs points forts :

  • Structure unique permettant l’hospitalisation des détenus avec (ou sans) leur consentement.
  • Primauté donnée aux soins.
  • Liberté de circulation dans les espaces communs : bibliothèque, cour de promenade, réfectoire et salles d’activités thérapeutiques.
Photo d’une chambre à l’UHSA Toulouse – SIPA (crédit photo)
Photo à l’UHSA de Villejuif – Archives de l’hôpital Paul Guiraud (crédit photo)

Toutefois, la mission IGAS-IGSJ souligne que le développement de ces unités doit s’accompagner d’un renforcement de l’offre de soins ambulatoires et des hospitalisations de jour. De plus, elle met en garde contre le risque de voir les UHSA évoluer vers des structures accueillant durablement des détenus atteints de pathologies psychiatriques lourdes, faute d’alternatives adaptées.

Cas particulier : le centre pénitentiaire de Château-Thierry

Le centre pénitentiaire de Château-Thierry, situé dans l’Aisne (02), est un établissement pénitentiaire unique en France en raison de sa spécialisation dans l’accueil des personnes détenues présentant des pathologies psychiatriques.

Construit en 1850, cet établissement est composé d’un centre de détention d’une capacité de 12 places et d’une maison centrale de 75 places.

Depuis 1950, la maison centrale reçoit les détenus dont le trouble mental rend leur état de santé incompatible avec une détention ordinaire. Ils y séjournent quelques mois, parfois plusieurs années, le temps que leur état de santé se stabilise, avant d’être réaffectés dans un autre établissement pénitentiaire. Placée sous la tutelle du ministère de la Justice, cette structure n’est pas un établissement de santé à proprement parler même si l’offre de soins y est renforcée. On y retrouve un psychiatre, 2 psychologues, 6 infirmiers, ainsi qu’une permanence de médecins généralistes, d’addictologues et d’un dentiste.

Par ailleurs, les surveillants pénitentiaires y sont plus nombreux que dans d’autres prisons ce qui permet de privilégier le contact humain et de développer une relation de proximité avec les détenus dans une logique de sécurité dynamique.

Cartographie des différentes structures de soins

En complément du premier niveau de prise en charge des soins somatiques assuré au sein des Unités Sanitaires en Milieu Pénitentiaire (USMP), présentes dans chaque établissement pénitentiaire (EP), la carte ci-contre présente la répartition territoriale des principales structures de soins dédiées aux personnes incarcérées en France.

Elle met en avant la diversité des dispositifs de prise en charge sanitaire, allant des services présents en détention aux unités hospitalières spécialisées.

On dénombre actuellement :

27 SMPR (Service Médico-Psychologique Régional)

Ces services assurent la prise en charge psychiatrique des détenus. Ils ont pour mission le diagnostic, les soins et la prévention des troubles psychiques. Chaque SMPR accueille les personnes détenues de l’ensemble des établissements pénitentiaires de sa région.

9 UHSA d’une capacité totale d’environ 440 places.

8 UHSI d’une capacité totale d’environ 181 places.

10 UMD (Unités pour Malades Difficiles)

Ce sont des unités de psychiatrie organisées pour mettre en oeuvre des protocoles de soins intensifs et des mesures de sûreté particulières. Elles accueillent des patients présentant un grave danger pour elles-mêmes ou pour autrui, notamment lorsque l’hospitalisation en UHSA n’est pas possible ou inadaptée.

Cas particulier, 17 USIP (Unités de Soins Intensifs Psychiatriques) : ce sont des unités spécifiques implantées au sein des hôpitaux psychiatriques prenant en charge des patients nécessitant des soins intensifs lorsque l’hospitalisation en UHSA ou en UMD n’est pas possible, faute de places.

En savoir plus sur les USIP

Cette répartition met en évidence plusieurs constats. Tout d’abord, la couverture territoriale des structures de soins est inégale. Les unités hospitalières spécialisées sont peu nombreuses et concentrées autour des grands pôles urbains (Ile-de-France, Lyon, Marseille, Lille) ce qui peut entrainer des transferts parfois longs pour les personnes détenues. Certaines régions sont moins bien dotées en structures hospitalières spécialisées et conduit alors certains départements comme par exemple le Puy du Dôme, la Creuse, la Dordogne ou l’Aveyron à conduire les détenus vers d’autres régions ou vers des métropoles voisines telles que Bordeaux, Lyon, Toulouse afin d’accéder à une UHSA ou une UHSI.

Les SMPR sont en revanche plus largement répartis sur le territoire ce qui permet d’assurer un premier niveau de prise en charge psychiatrique directement en détention. Par ailleurs, les situations psychiatriques les plus complexes peuvent nécessiter un recours au service hospitalier de droit commun, notamment en UMD ou en USIP qui ne sont pas spécifiquement destinées au milieu carcéral mais qui peuvent accueillir certains détenus.

L’accès aux soins des détenus

Des obstacles à l’accès aux soins

Plusieurs facteurs limitent l’accès effectif aux soins en détention, à commencer par la pénurie de professionnels de santé.

Le manque de personnel soignant

Le manque de personnel soignant constitue une difficulté majeure, particulièrement marquée dans le secteur public hospitalier et en milieu pénitentiaire. Les niveaux de rémunération peu attractifs, notamment en milieu carcéral freinent le recrutement.

Un rapport du Ministère de la Justice publié en 2015 indique qu’en 2013, 22% des postes de spécialistes budgétés n’étaient pas pourvus et 15,5% des postes de psychiatres restaient vacants. D’après le rapport, cette pénurie était particulièrement concentrée dans certaines USMP où 50% d’entre elles ne bénéficiaient de la présence d’un médecin que deux jours par semaine maximum.

Cette situation est particulièrement marquée pour certaines professions comme les kinésithérapeutes. Malgré des revalorisations récentes, la pénurie persiste. Le coût élevé des études de kiné, souvent privées, conduit de nombreux jeunes diplômés à privilégier un exercice en ville afin de rembourser leur crédit étudiant en bénéficiant de revenus plus élevés. Le recours fréquent à des statuts de vacataires, ainsi que les conditions d’exercice en détention (règles strictes, craintes liées à l’insécurité), réduisent également l’attractivité des postes.

Ces difficultés de recrutement se traduisent par un allongement des délais d’attente pour les patients détenus, une offre de soins insuffisante dans certaines spécialités mais aussi du fait d’un exercice en détention encore mal connu et peu valorisé auprès des étudiants en médecine.

Michel Le Moine (crédit photo)

Les rendez-vous médicaux non réalisés

Au sein d’une unité sanitaire, d’après un rapport de visite du CGLPL, sur une période de 10 jours et sur un total de 625 rendez-vous médicaux initialement prévus, un peu plus d’un quart n’ont pas eu lieu pour diverses raisons. Parmi les rendez-vous non réalisés, la majorité des cas reste inexpliquée.

Comment demander un rendez-vous médical en détention ?

Selon le rapport d’enquête de l’Observatoire International des Prisons sur l’accès aux soins spécialisés en détention (2022), une part importante (un taux d’annulation entre 29,4 et 33% selon la DGOS pour les années 2019 et 2020) des consultations programmées est annulée ou reportée en raison de l’absence des personnes détenues au rendez-vous. Cet absentéisme s’explique en grande partie par des difficultés de coordination entre l’administration pénitentiaire et les unités sanitaires. Effectivement, les rendez-vous sont souvent fixés sans prendre en compte l’emploi du temps du détenu, qui peut coïncider avec des activités déjà prévues (parloir, travail, etc.). De plus, les détenus ne sont pas toujours informés à l’avance de leur convocation au rendez-vous médical ce qui les empêche d’anticiper et réajuster leur emploi du temps. Les données disponibles restent incomplètes, ce qui limite l’analyse précise des causes de manquement de rendez-vous et laisse une part inexpliquée.

Extractions médicales non réalisées en 2019 et 2020 en France

Confidentialité et secret médical

Les conditions de réalisation des soins à l’extérieur constituent un autre obstacle important à l’accès aux soins en détention, notamment à cause du manque de confidentialité et de l’irrespect au secret médical. À défaut de pouvoir consulter certains spécialistes au sein de l’établissement pénitentiaire, les détenus sont parfois contraints de faire des extractions médicales vers des structures hospitalières. Lorsqu’elles ont lieu, elles se déroulent souvent dans des conditions qui ne garantissent pas pleinement la confidentialité des soins, ni le respect du secret médical en raison de la présence systématique de personnels pénitentiaires.

«  Je ne comprends pas pourquoi le surveillant reste pendant la consultation… pas pu poser de questions, se confier devant un médecin c’est déjà dur, mais devant un surveillant qu’on va croiser tous les jours, c’est humiliant ».

Témoignage reçu à l’OIP en mars 2022.

«  On propose régulièrement des mammographies, mais j’ai fréquemment des refus de la part des patientes, à cause des extractions qui se font menottées. […] elles préfèrent attendre d’être sortie ».

Dr Rose Nguyen, médecin à la maison d’arrêt des femmes de Fleury-Mérogis.

L’usage fréquent de moyens de contrainte (menottes, entraves, ceinture abdominale) souvent maintenus lors des consultations contribue à un sentiment d’humiliation et reflète une application peu individualisée des mesures de sécurité. Au-delà de porter atteinte à la dignité, ces pratiques peuvent également affecter la qualité des soins comme le rapporte un détenu : « quand un praticien vous voit menotté de haut en bas, l’examen est bâclé et pas fait sérieusement ». Dans ce contexte, ces conditions de prise en charge représentent un véritable frein au recours aux soins.

Recommandations européennes en matière d’accès aux soins en détention

Le CONSEIL DE L’EUROPE, à travers le Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants (CPT) rappelle dans son rapport Healthcare in prison (2025) que la détention ne doit pas réduire le droit à la santé. Le CPT formule des recommandations autour de plusieurs axes : équivalence des soins, dépistage à l’entrée en détention, confidentialité médicale, continuité des soins et prise en charge des besoins spécifiques.

Les saisines auprès du CGLPL

Face à des situations où leurs droits ne sont pas respectés ou leur accès aux soins entravé, les détenus peuvent saisir le Contrôleur Général des Lieux de Privation de Liberté (CGLPL) pour divers motifs. Le CGLPL a pour mission de veiller au respect des droits des personnes privées de liberté sur différents points, notamment en matière de santé et de respect du droit à la santé.

Les saisines liées à la santé peuvent porter sur plusieurs dimensions que l’on peut regrouper en cinq grandes catégories :

  1. Accès et continuité des soins (délais, accès aux spécialistes, suivi médical).
  2. Extractions médicales et hospitalisations (extractions, contraintes, hospitalisation).
  3. Qualité et organisation des soins (conditions de consultation, distribution de médicaments, relation avec les services).
  4. Droits des patients détenus (consentement aux soins, secret médical, accès au dossier, incompatibilité santé/détention).
  5. Environnement, hygiène et conditions de vie en détention.

Sous-motifs par catégorie

Entre 2012 et 2024, le nombre de saisines adressées au CGLPL concernant des motifs de santé en établissement pénitentiaire présente des évolutions contrastées. Après une nette augmentation entre 2012 (199 saisines) et 2014 (384 saisines), les chiffres varient d’une année à l’autre. En 2020, le niveau le plus élevé est atteint, avec un total de 409 saisines suivi d’une baisse progressive jusqu’en 2024 (225 saisines).

Ces données portent sur les saisines enregistrées et ne permettent pas, à elles seules, d’évaluer directement la situation sanitaire en prison.

Analyse des saisines liées à la santé

Entre 2018 et 2021, les saisines adressées au CGLPL relatives à la santé concernent majoritairement l’accès et la continuité des soins (délais, accès aux spécialistes, suivi médical, etc.) qui représentent la presque la moitié des saisines chaque année. Nous pouvons relever des pourcentages compris entre 40 et 47% ce qui met en avant l’importance des enjeux d’accès aux soins des personnes détenues.

Les questions liées à la qualité et à l’organisation des soins (conditions de consultation, distribution de médicaments, etc.) constituent le deuxième motif le plus fréquent avec une part comprise entre 18 et 26% reflétant les difficultés persistantes dans les conditions de prise en charge sanitaire.

Les extractions médicales et hospitalisations (9 à 15%) ainsi que les droits des patients détenus (consentement aux soins, secret médical, accès au dossier, etc.8 à 11%) restent minoritaires et relativement stables d’une année sur l’autre.

Parmi les autres motifs, les saisines concernant l’environnement, l’hygiène et les conditions de vie (nuisibles, état de la cellule, douches, etc.10 à 18%) mettent en avant les enjeux liés au bien-être et à la dignité des personnes détenues.

Au sein des saisines relatives à l’accès et à la continuité des soins, les problématiques liées à l’accès aux soins eux-même restent majoritaires malgré quelques variations entre années. Ces problématiques concernent l’accès aux services psy, l’accès aux soins psy et l’accès aux soins somatiques. Elles étaient particulièrement élevées en 2019 (69%), avant de diminuer en 2020 (42%) puis de remonter en 2021 (52%).

Les difficultés d’accès à l’UCSA (Unités de Consultations et de Soins Ambulatoires, renommées USMP depuis 2012), constituent également un sous-motif important. Les données varient entre 17 et 36%. Les délais de prise en charge restent présents mais à un niveau un peu plus bas (entre 8 et 14%).

Dans l’ensemble, l’analyse des saisines adressées au CGLPL entre 2018 et 2021 met en évidence des constats stables : les difficultés d’accès et de continuité des soins demeurent le principal motif de saisine. Elles mettent en lumière des obstacles persistants dans l’accès effectif aux soins en détention. Les autres motifs (organisation des soins, droit des patients, extractions médicales, etc.) restent secondaires mais constants d’une année à l’autre.

Disparités entre établissements

Au-delà des difficultés de prise en charge sanitaire inhérentes au milieu pénitentiaire, l’organisation des soins est aussi marquée par d’importantes disparités entre les structures. Selon leur taille, leur localisation géographique, leurs moyens budgétaires ou encore les effectifs de personnel soignants, l’offre de soins disponible peut varier fortement d’un établissement à l’autre.

Actes médicaux par détenu

Le tableau ci-contre présente les principaux actes médicaux réalisés par détenu entre 2009 et 2014 dans quatre établissements pénitentiaires (MC Lannemezan, CP Saint-Denis, CP Marseille et MA Chaumont). Les données sont rapportées au nombre d’actes médicaux par détenu et correspondent à une moyenne sur cinq ans.

En ce qui concerne les consultations de médecins les nombres de consultations sont relativement proches d’un établissement à l’autre. Les valeurs varient entre 5,1 consultations par détenu au centre pénitentiaire (CP) de Marseille et 7,6 consultations par détenu à la maison centrale (MC) de Lannemezan sur une période de 5 ans (soit environ 1 à 1,5 consultation par an et par détenu).

En revanche, les écarts sont beaucoup plus marqués pour les actes infirmiers. La MC de Lannemezan se distingue nettement avec 76,1 actes par détenu sur 5 ans, soit environ 15 actes par an, contre 33,9 à Saint-Denis (environ 6,8 par an) et 10,4 à Chaumont (environ 2 par an).

La MC de Lannemezan présente également les niveaux les plus élevés dans les autres catégories de soins, notamment pour les soins dentaires, les actes de kinésithérapie et les consultations psychiatriques. À l’inverse, le CP de Saint-Denis affiche des niveaux plus faibles pour certains soins spécialisés, notamment en kiné (1,8) et en soins dentaires (1).

La MA de Chaumont se singularise quant à elle par le recours aux psychologues avec 10,8 consultations par détenu sur 5 ans, soit un peu plus de 2 consultations par an, bien au-dessus des autres établissements pénitentiaires (EP).

Ces disparités montrent que les niveaux d’accès aux soins diffèrent selon les établissements pénitentiaires. Elles peuvent refléter à la fois des besoins de santé variables parmi les personnes détenues et des organisations de soins différentes d’un établissement à l’autre.

Médecins généralistes et psychiatres dans les USMP

Un rapport de l’IGAS N°2015-050R / IGSJ N°58-15, publié en 2015 a permis d’établir le tableau ci-dessous. Celui-ci vise à comparer l’offre de soins entre plusieurs établissements pénitentiaires à partir des données disponibles sur les effectifs médicaux. L’offre médicale y est évaluée à partir de deux indicateurs :

  • le nombre de détenus à suivre par médecin généraliste et par psychiatre,
  • le taux de couverture des postes en USMP correspondant à la proportion de postes budgétés pourvus.

Les capacités d’accueil des établissements sont données à titre théorique. En pratique, plusieurs établissements pénitentiaires connaissent une surpopulation carcérale importante, avec des taux d’occupation pouvant dépasser à 100%.

Médecins généralistes

L’analyse des effectifs médicaux dans les différentes USMP met en évidence de fortes disparités dans l’accès aux soins somatiques. Selon les établissements pénitentiaires, un médecin généraliste peut être amené à suivre entre 175 détenus (MA de Nîmes) et 495 détenus (MC de Clairvaux).

Plusieurs établissements affichent pourtant une couverture complète des postes budgétés, notamment le CP de Nancy-Maxéville, le centre de détention du Muret, la MA de Villefranche-sur-Saône, la MC de Clairvaux ou la MA d’Arles. Toutefois, un taux de couverture de 100% ne signifie pas nécessairement une charge de travail modérée. Par exemple, à Clairvaux, malgré tous les postes budgétés pourvus, un médecin généraliste doit suivre 495 détenus, soit le niveau le plus élevé. A l’inverse, la MA de Nîmes combine une couverture incomplète (78,6%) mais une charge de travail plus faible (175 détenus par médecin). Ces écart traduisent des conditions de prise en charge très variables d’un établissement à l’autre, avec des charges de travail qui peuvent quasiment tripler selon les structures.

Psychiatres

Les différences sont encore plus marquées en psychiatrie. Le nombre de détenus suivis par un psychiatre varie fortement : environ 160 détenus à la MA de Nîmes, contre 1 002 à la MA des hommes de Fleury-Mérogis et jusqu’à 1 600 à la MA d’Arles.

Ces volumes de patients à suivre sont particulièrement élevés et témoignent de fortes tensions sur l’offre de soins psychiatriques en détention. Même les établissements de grandes capacités ne sont pas mieux dotés : à Fleury-Mérogis qui compte plus de 1 600 détenus, un psychiatre peut ainsi avoir à suivre plus de 1 000 détenus.

Ces difficultés s’expliquent en grande partie par les difficultés de recrutement. Tous les postes budgétés ne sont pas pourvus, en particulier en psychiatrie. Le taux de couverture est de 58% à Fleury-Mérogis, 36% à Mans-les-Croisettes et seulement de 25% à Arles.

Ces résultats mettent en avant de fortes disparités entres les USMP, à la fois en termes de ressources budgétaires qu’en personnel médical. Les effectifs de patients à suivre, parfois particulièrement élevés, peuvent limiter les possibilités de suivi individuel et contribuer à des inégalités d’accès aux soins pour les patients détenus.

Les effets de la détention sur la santé

La détention peut avoir des conséquences profondes et durables sur la santé des personnes incarcérées aussi bien sur le plan psychologique que physique. Les conditions de vie en milieu carcéral, les ruptures sociales et les contraintes liées à l’enfermement, l’isolement influencent les parcours de santé. Ces effets ne se limitent pas à la période d’incarcération, mais peuvent également se prolonger après la libération. En France, la mortalité dans les cinq années suivant la sortie de prison est ainsi estimée à 3,6 fois supérieure à celle de la population générale. Les principales cause de décès relevées sont les overdoses, les homicides, les suicides et les maladies cardiovasculaires.

Dans ce contexte, la détention peut avoir à la fois des effets néfastes sur la santé mais elle peut aussi, dans certains cas, permettre un repérage ou une meilleure prise en charge de certains problèmes de santé.

Effets néfastes

La détention peut affecter de manière important la santé mentale et physique des personnes incarcérées. Ces effets dépendent à la fois des conditions de vie en prison et des vulnérabilités individuelles. Certaines populations sont particulièrement exposées et les conditions matérielles de détention peuvent accentuer les risques.

Santé mentale et troubles psychologiques

« […] il n’y a pas assez de suivi psychologique, psychiatrique… Il n’y a rien. Quand vous arrivez, on vous donne juste un tas de médicaments […]. La prison, ça détruit. L’enfermement c’est très difficile […]. Moi, jusqu’à maintenant, je ne suis pas bien. Je suis suivie par un psychiatre. Parce qu’enfermer quelqu’un comme un animal, 24 heures sur 24, ça laisse des traces. À Fleury, il n’y avait pas de travail ni d’activités, la seule sortie c’était la promenade ».

Témoignage de Nora libérée en 2024, OIP, 2026.

Santé physique et accès aux soins somatiques

« Je me trouve à l’isolement […] et il se trouve qu’ici l’insalubrité est à son paroxysme. Des rats qui remontent des toilettes, des puces de lit… D’ailleurs, beaucoup conservent des plaques rouges sur le cou. Les matelas par terre, [la] douche froide, [le] chauffe-eau éteint, donc on est gelé dans les cellules… Plusieurs autres prisons sont comme cela ! ».

Courrier reçu à l’OIP depuis un centre pénitentiaire du sud de la France, mai 2025.

Effets bénéfiques

On pourrait spontanément s’attendre à des effets exclusivement négatifs de l’incarcération sur la santé des détenus, notamment en raison des conditions de détention et de la forte prévalence de pathologies déjà présentes avant l’entrée en détention. Cependant, la littérature scientifique évoque parfois des effets plus nuancés.

Dépistage et prise en charge des addictions

« Un test de dépistage du VIH et des hépatites, par prélèvement veineux (prise de sang au pli du coude), doit être systématiquement proposé lors de la visite médicale à l’entrée en détention […] ».

OIP, 2019.

Une revue de littérature publiée en 2012, fondée sur 22 études montre que les bénéfices des traitements de substitution aux opiacés en prison sont comparables à ceux observés en milieu libre. Les travaux ont été menés en Europe (deux en France et deux en Espagne), dix en Amérique du Nord (sept aux États-Unis, deux à Porto Rico et une au Canada), cinq en Australie et deux en Iran. Ces traitements permettent notamment d’engager les détenus dans une prise en charge de leur dépendance, de réduire la consommation d’opiacés et les comportements à risque pendant la détention ainsi que de diminuer le risque d’overdose à la sortie.

Ces résultats mettent en évidence certains effets positifs ciblés, notamment en matière de prise en charge des addictions. Toutefois, en France, il n’existe pas d’études qui permettent d’évaluer de manière claire et systématique des effets positifs de l’incarcération sur la santé des détenus.

Vulnérabilités selon les profils

Les effets de la détention varient fortement selon l’âge, l’état de santé et la situation personnelle des personnes incarcérées. Certains profils sont particulièrement vulnérables, notamment les personnes âgées, les adolescents, les personnes en situation de handicap ou celles atteintes de maladies chroniques. Au-delà des conséquences psychologiques, ces personnes sont souvent confrontées à des difficultés importantes pour accéder à un suivi médical adapté et bénéficier de conditions de détention appropriées.

« De manière générale, le handicap, la vieillesse et la fin de vie sont difficilement compatibles avec la vie en détention, et soignants comme détenus éprouvent les limites de leur prise en charge ».

Aline Chassagne, sociologue

Les éléments présentés ci-dessous reposent principalement sur le rapport d’enquête de l’Observatoire International des Prisons sur l’accès aux soins spécialisés en détention (2022), complétés par d’autres sources.

Personnes âgées
Elles sont confrontées à une perte d’autonomie dans des établissements inadaptés, ce qui aggrave leur vulnérabilité.

Adolescents
L’incarcération peut fragiliser le développement des adolescents en provoquant des effets psychologiques et sociaux durables.

Personnes en situation de handicap
Les personnes en situation de handicap subissent en détention des conditions inadaptées, aggravées par la surpopulation et le manque d’aménagements.

Personnes atteintes de maladies chroniques
Elles subissent un suivi médical insuffisant et discontinu, souvent inadapté aux contraintes de la détention et à leurs besoins de santé.

Évolution de la santé mentale en détention

À partir de l’étude EPSYLON, le suivi longitudinal de la santé mentale des personnes détenues, réalisé à l’entrée en détention (M0), à 3 mois (M3) puis à 9 mois (M9) permet d’aller au-delà du simple état des lieux de leur état de santé (comme présenté précédemment) et d’observer l’évolution de leur santé mentale au cours de la détention.

L’un des premiers constats concerne les troubles liés à l’usage de substances, qui diminuent de manière importante entre M0 et M3, avec une prévalence divisée par deux passant de 40% à 20%. Cette baisse peut s’expliquer par un sevrage contraint lié à l’incarcération.

Le risque suicidaire suit une dynamique comparable avec une diminution entre l’entrée en détention (16,1%) et les mois suivants (9,3% à M9). Les autres troubles psychiatriques (trouble anxieux, trouble stress post-traumatique, syndrome psychotique) apparaissent plus stables dans le temps. En revanche, les troubles de l’humeur montrent une légère augmentation à M9 passant de 14% à 17,6%.

Dans l’ensemble, les résultats de l’étude EPSYLON mettent en évidence une stabilité globale de la santé mentale au cours de l’incarcération. Malgré quelques diminutions pour certains troubles (troubles liés à l’usage de substances, suicidalité, syndrome psychotique), la majorité des troubles psychiatriques persistent.

Ces résultats suggèrent que l’environnement carcéral contribue à maintenir un niveau élevé de détresse psychique, sans amélioration significative globale. On observe néanmoins une amélioration pour les troubles liés à l’usage de substances.

L’étude souligne l’importance d’un repérage précoce dès l’entrée en détention et aussi d’un accompagnement régulier tout au long de l’incarcération afin de mieux répondre aux besoins de santé mentale des personnes détenues.

Études à l’étranger

A l’échelle internationale, des études plus complètes et approfondies ont été réalisées afin d’analyser l’impact de l’incarcération sur la santé. Des travaux ont été menés dans différents pays, notamment en Norvège, en Suède et au Japon, portant sur différents systèmes pénitentiaires et permettant d’apporter des éléments de comparaison entre les pays.

En Norvège

L’étude de KHOURY et coauteurs (2023), intitulée « Mental Health Consequences of Correctional Sentencing », analyse les effets de la détention sur la santé mentale des détenus en Norvège. Les auteurs cherchent à déterminer si les peines correctionnelles (incarcération ou alternatives) améliorent ou aggravent l’état de santé mentale des détenus.

Cette étude montre que, dans le système pénitentiaire norvégien, caractérisé par de bonnes conditions de détention et un accès facilité aux soins, certaines peines correctionnelles et alternatives semblent contribuer à une amélioration de la santé mentale. Les auteurs observent une diminution significative des visites pour santé mentale après leur libération.

L’étude repose sur un suivi longitudinal de la population norvégienne entre 2006 et 2014, avec une observation de l’état de santé avant et après la condamnation. Elle utilise une méthodologie d’étude événementielle « event study design ». Les données utilisées portent sur les consultations médicales et les diagnostics en santé mentale et physique.

Les résultats montrent une amélioration globale de la santé mentale. L’incarcération est associée à une baisse d’environ 20% des consultations pour troubles psychiques ainsi qu’à une diminution des diagnostics de dépression et de toxicomanie. Ces effets sont plus marqués dans les prisons ouvertes et dans les établissements proposants des programmes éducatifs et de réinsertion. Les peines alternatives (bracelet électronique, travaux d’intérêt général) sont également associées à une amélioration de la santé mentale.

Ces résultats s’inscrivent dans le contexte spécifique du système pénitentiaire norvégien caractérisé par une forte orientation vers la réinsertion, de bonnes conditions de détention et un accès facilité aux divers soins. Leur modèle « d’importation » garantit une continuité des soins à l’intérieur et à l’extérieur de la prison. Toutefois, l’étude souligne certaines limites liées à la mesure de la santé mentale et à l’existence de possible facteurs non observés. La population étudiée étant déjà en situation de vulnérabilité avant la condamnation, certains effets pourraient venir d’un « retour à la normale » après une période difficile avant l’infraction.

En Suède

L’étude de HJALMARSSON et coauteurs (2022), intitulée « The Health Effects of Prison », analyse l’impact de la durée d’incarcération sur la santé post-libération dans le système pénitentiaire suédois. Elle montre que, dans un contexte de détention offrant des soins de haute qualité, la prolongation de la peine peut, sous certaines conditions, améliorer la santé des individus à leur sortie. Ces résultats suggèrent que ces effets positifs sont principalement liés à l’accès aux soins et dépendent fortement de la qualité des conditions de détention.

Il faut toutefois replacer ces résultats dans le contexte politique propre à la Suède où les dépenses par détenu comptent parmi les plus élevées du monde. Dans d’autres pays, où l’accès aux soins est plus limité, des soins carcéraux de haute qualité pourraient avoir des effets bénéfiques bien plus marqués.

L’étude utilise une variation exogène issue de deux réformes suédoises (1993 et 1999) ayant augmenté la part de peine purgée de 50 à 67%, sans modifier les peines prononcées par les tribunaux. Ce changement réglementaire crée une situation dans laquelle des individus condamnés à des peines identiques peuvent passer plus ou moins de temps en prison selon leur date de condamnation.

L’analyse porte sur 46 815 condamnations prononcées entre 1992 et 2001, pour des peines comprises entre 4 à 48 mois. Les auteurs comparent des individus condamnés à la même durée de peine, mais qui ont effectué une durée de détention différente en raison des réformes. Cette approche permet d’estimer l’effet du temps passé en détention sur la santé après la sortie de prison.

Les résultats montrent que l’augmentation du temps passé en prison n’a pas détérioré la santé après la libération et peut même l’améliorer.

Les auteurs observent une forte réduction du risque de suicide pour les personnes ayant des problèmes de santé mentale. Une baisse des décès violents est également mise en évidence, ainsi qu’une amélioration de la santé cardiovasculaire.

Les résultats montrent toutefois que ces effets varient selon les profils.

Les auteurs montrent également que ces résultats s’expliquent principalement par un meilleur accès aux soins en détention : une durée d’incarcération plus longue augmente la probabilité de consultations médicales, de traitements et de suivis psychologiques.

Au Japon

L’étude de HINATA et coauteurs (2007), intitulée « Metabolic improvement of male prisoners with type 2 diabetes in Fukushima Prison, Japan » explore les effets bénéfiques de la détention sur les hommes détenus japonais souffrants de diabète de type 2 dans la prison de Fukushima.

Cette étude montre que le cadre de vie structuré en milieu carcéral peut améliorer significativement la santé des personnes atteintes de diabète de type 2. Une prise en charge efficace du diabète y est rendue possible grâce à une discipline quotidienne et une alimentation équilibrée riche en fibres qui permet d’améliorer le contrôle glycémique.

L’étude repose sur une analyse rétrospective de 4 385 dossiers médicaux de détenus de sexe masculin de la prison de Fukushima, entre 1998 et 2004.

Les chercheurs ont exploité l’ensemble des dossiers médicaux, afin d’identifier les cas de diabètes de type 2. Parmi l’ensemble des dossiers, 157 patients étaient atteints de diabète de type 2 et 109 ont été retenus pour l’étude.

Les 109 patients diabétiques ont tous été suivis pendant leur incarcération avec un recueil régulier de données médicales (IMC, glycémie à jeun, cholestérol total, apport calorique journalier, etc.).

Chez les détenus atteints de diabète de type 2, la glycémie à jeun (GAJ) et l’HbA1c (hémoglobine glyquée) diminuent nettement dès le premier mois d’incarcération puis se stabilisent quelques mois après. Cette amélioration est observée quelle que soit le traitement (insuline, régime, glibenclamide).

De manière globale, le contrôle du diabète est jugé satisfaisant pendant la détention. Cela s’explique principalement par un mode de vie plus encadré : absence d’alcool, de grignotages, de tabac, de boissons sucrées, de restauration rapide, etc. Beaucoup avaient ce mode de vie avant l’incarcération.

Les détenus présentent également une diminution du poids et de l’IMC contribuant à l’amélioration de leur état de santé et du contrôle métabolique. L’activité physique joue également un rôle positif, indépendamment de la perte de poids.

Enfin, l’alimentation en prison est aussi très riche en fibres, notamment en fibres solubles ce qui pourrait favoriser un meilleur contrôle de la glycémie et réduirai ainsi l’hyperinsulinémie de patients atteints de diabète de type 2.

Les effets de la détention sur la santé restent contrastés. L’incarcération crée ou aggrave souvent des fragilités psychiques, physiques et sociales déjà présentes mais elle peut aussi dans certains cas, permettre un dépistage ou un premier accès aux soins. Ces effets positifs restent toutefois très dépendants du contexte national, de l’organisation du système pénitentiaire, des moyens humains et financiers mobilisés ainsi que de la continuité des soins pendant et après l’incarcération.

Pour aller plus loin

En France 

MINISTÈRE DE LA JUSTICE, « La santé des jeunes suivis par la Protection judiciaire de la jeunesse : Enquête nationale 2023-2024 », 2025.

FÉDÉRATION RÉGIONALE DE RECHERCHE EN PSYCHIATRIE ET SANTÉ MENTALE HAUTS-DE-FRANCE, « EPSYLON (Épidémiologie psychiatrique longitudinale en prison) », 2025.

OBSERVATOIRE FRANÇAIS DES DROGUES ET DES TENDANCES ADDICTIVES (OFDT), « Les consommations de drogues en prison, Résultats de l’enquête ESSPRI 2023 », Tendances, n°163, 2024.

OBSERVATOIRE INTERNATIONAL DES PRISONS (OIP), « La santé incarcérée : enquête sur l’accès aux soins spécialisés en prison », 2022.

A l’étranger

CONSEIL DE L’EUROPE, European Committee for the Prevention of Torture and Inhuman or Degrading Treatment or Punishment, « Healthcare in prison », CPT/Inf (2025) 37, 2025.